L'exercice physique, bénéfique contre Alzheimer ?

Par Priscille Tremblais Publié le 20/09/2018 Mis à jour le 12/02/2019
Actualité

L'exercice physique est bénéfique dans la maladie d'Alzheimer : il permettrait de créer de nouveaux neurones et d'améliorer la communication entre eux, tout en nettoyant le cerveau de l'inflammation dans lequel il baigne. 

Pourquoi c'est important

Le nombre de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer est en constante augmentation et les traitements médicamenteux pas efficaces contre cette maladie dégénérative qui a un impact fort sur la qualité de vie des malades et de leurs proches.

Un des mécanismes menant à la maladie d'Alzheimer est un déséquilibre entre la construction de nouveaux neurones (réduite) et la destruction des anciens (augmentée). La production de nouveaux neurones (neurogenèse) dans l'hippocampe (une zone du cerveau qui joue un rôle important pour la mémoire) est cruciale chez l'adulte pour les apprentissages et la mémoire.

Les études

Des chercheurs de l'Ecole de médecine de Harvard (Boston, Massachusetts) ont cherché à déterminer le meilleur moyen d'induire la neurogenèse à l'aide de souris atteintes de maladie d'Alzheimer afin de mieux comprendre comment les problèmes de neurogenèse dans l'hippocampe contribuent à la maladie d'Alzheimer et si les résoudre permettait de réduire les symptômes.

Publiées dans la revue Science, leurs expériences ont montré que la production de nouveaux neurones dans l'hippocampe était boostée soit par l'activité physique, soit par une thérapie médicamenteuse et génique promouvant la naissance de cellules neurales. Cependant, seules les souris chez lesquelles la neurogenèse avait été induite par l'exercice montraient des améliorations cognitives et une réduction des niveaux de protéine bêta-amyloïde, un marqueur de la maladie d'Alzheimer.

« C'est parce que les nouveaux neurones dont la naissance avait été induite par des médicaments n'étaient pas capables de survivre dans les régions du cerveau déjà atteintes par la maladie » explique Rudolph Tanzi, un des scientifiques. « Nous avons trouvé que la différence clé entre les deux manières d'induire la neurogenèse était que l'exercice permettait aussi d'augmenter la production de BDNF, un facteur neurotrophique important pour la croissance et la survie des neurones, créant ainsi un environnement plus hospitalier pour la survie des nouveaux neurones » ajoute Se Hoon Choi, professeur assistant de neurologie à l'hôpital général du Massachusetts où travaillent tous les investigateurs de l'étude.

Les chercheurs se sont ainsi rendu compte qu'il ne suffisait pas de créer de nouveaux neurones pour avoir des effets sur les capacités cognitives des malades mais qu'il fallait en même temps « nettoyer » l'environnement dans lequel ils sont produits afin d'assurer leur survie. 

L'exercice physique permet ces deux actions simultanées mais les chercheurs ont trouvé un moyen d'y arriver aussi par une voie médicamenteuse et génique qui agit à la fois sur la neurogenèse et la production de BDNF. Reste à tester si cette nouvelle voie marche aussi chez l'humain.

Dans une nouvelle étude parue dans la revue Nature Medicine, des chercheurs ont cherché à comprendre par quel mécanisme l’activité physique peut améliorer la mémoire et réduire le risque de maladie d’Alzheimer.

Des études menées précédemment ont montré qu’au cours de l’activité physique, une hormone appelée irisine est libérée dans la circulation sanguine. L’irisine joue essentiellement un rôle dans le métabolisme énergétique. Mais il semblerait, d’après des études plus récentes que cette hormone peut également favoriser la croissance neuronale dans l'hippocampe du cerveau, une région essentielle pour l'apprentissage et la mémoire.

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont analysé des échantillons de tissus provenant de cerveaux de personnes décédées. Ils ont remarqué que l’irisine est présente en plus faible quantité dans l’hippocampe des personnes qui étaient atteintes de la maladie d’Alzheimer.

En utilisant des modèles animaux (souris), les chercheurs ont cherché à en savoir plus sur le rôle de l’irisine dans le cerveau. Ils ont remarqué que des souris Alzheimer qui nagent presque tous les jours pendant 5 semaines (et donc produisent de l’irisine) ne présentent pas de troubles de la mémoire par rapport aux souris sédentaires : l’irisine semble donc avoir un rôle protecteur. De plus, en bloquant l’irisine avec un médicament, les chercheurs ont observé que les bénéfices de la natation étaient totalement éliminés. L’augmentation des niveaux d’irisine dans le cerveau des souris Alzheimer améliore la plasticité des synapses - les zones permettant la communication entre les neurones - et empêche la perte de mémoire.  

En pratique

En attendant le développement d'éventuels médicaments, faire de l'exercice physique reste une bonne idée pour se protéger d'Alzheimer ou améliorer ses symptômes selon les études actuelles.
C'est d'ailleurs l'une des préconisations du protocole anti-Alzheimer du Dr Bredesen, le seul traitement scientifiquement prouvé qui inverse les symptômes de la maladie lorsqu'elle est traitée assez rapidement.

Exercices d’endurance (marche, course à pied, vélo, natation) ou de musculation sont bénéfiques de manière équivalente. 

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