Un lien entre boissons sucrées et cancer colorectal

Par Juliette Pouyat - Journaliste scientifique Publié le 05/04/2019 Mis à jour le 07/05/2021
Actualité

Une étude expérimentale suggère qu’il existe un lien direct entre le sucre ajouté à certaines boissons et la croissance de tumeurs cancéreuses et les données épidémiologiques confirment l'association entre boissons sucrées et risque accru de cancer colorectal. 

Pourquoi c’est important

Le lien entre l’obésité et l’augmentation du risque de cancer a été trouvé dans plusieurs études et certaines évoquent même un lien de causalité. Des apports élevés en sucre (via les aliments très transformés et les boissons sucrées notamment) favorisent l’obésité et sont liés à un risque augmenté de cancer, notamment de cancer colorectal. Les données actuelles montrent qu'il y a plus de diagnostics de cancer colorectal chez les jeunes et ceci coïncide avec une augmentation de la consommation des boissons sucrées. Ce phénomène a fait passer l’âge moyen du diagnostic du cancer colorectal de 72 à 66 ans. Le cancer colorectal dans la population jeune est généralement plus avancé au moment du diagnostic et présente des caractéristiques différentes du cancer colorectal retrouvées chez des patients plus âgés.

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Les études

Dans une étude parue dans la revue Science, des chercheurs ont évalué les effets du sucre sur la croissance tumorale, indépendamment de l’obésité. Les chercheurs ont donné une solution contenant 25% de sirop de glucose-fructose à des souris atteintes d’un cancer colorectal au stade précoce. Les chercheurs ont choisi d’étudier l’effet du glucose et du fructose, car les aliments ultra-transformés et les boissons sucrées contiennent généralement les deux sucres dans des proportions équivalentes.

Pour obtenir ces souris prédisposées à développer un cancer colorectal, les chercheurs ont supprimé le gène Apc. Ce gène code pour la protéine du même nom et sa suppression simule une mutation qui caractérise un cancer colorectal à croissance rapide chez l’homme. Environ 90% des personnes souffrant d’un cancer colorectal possèdent cette mutation.

Au début de l’étude, les souris pouvaient boire cette boisson sucrée à volonté : elles ont donc grossi en un mois. Ensuite, pour éviter que les souris ne deviennent obèses, les chercheurs leur ont donné, pendant deux mois, de la boisson sucrée une fois par jour, à raison d'une quantité équivalente à une cannette de soda par jour pour les humains.

Après deux mois, les souris qui ont reçu de l’eau sucrée ne sont pas devenues obèses, mais ont développé des tumeurs plus grosses et de grade supérieur que les souris ayant bu seulement de l’eau.

Cela signifie que lorsque les souris présentent des tumeurs à un stade précoce, une situation qui peut arriver à de nombreux jeunes adultes, la consommation, même modeste, de glucose-fructose comme on peut en trouver dans le sirop du même nom ou dans le saccharose peut stimuler la croissance tumorale, indépendamment du poids. Ces résultats obtenus chez des modèles animaux suggèrent que la consommation régulière de boissons sucrées peut réduire le temps nécessaire au développement du cancer. Chez l'homme, le cancer colorectal met habituellement 20 à 30 ans à se développer et passer de tumeurs bénignes à des cancers agressifs.

Cette étude pourrait expliquer pourquoi le cancer colorectal touche de plus en plus de personnes, alors que la consommation de boissons sucrées a augmenté dans le même temps.

Quels sont les mécanismes en jeu ? Les chercheurs ont observé que les boissons sucrées augmentaient la quantité de fructose et de glucose dans le côlon et dans le sang et que les tumeurs pouvaient efficacement absorber le fructose et le glucose par différentes voies. Ils ont aussi montré que le fructose subit dans un premier temps des modifications chimiques dans l’organisme, modifications qui lui permettent de renforcer les effets pro-tumoraux du glucose.  Ainsi, le fructose, à l’intérieur de la tumeur, active la glycolyse et renforce le rôle du glucose dans la synthèse des acides gras, ce qui favorise la croissance tumorale.

Cette étude menée sur des souris montre que l'association glucose-fructose présente dans les boissons sucrées pourrait servir de carburant aux cellules tumorales et accélérer leur croissance. Selon les chercheurs, le lien entre consommation de sucre et cancer colorectal résulterait donc d’un mécanisme moléculaire direct.

Une étude parue en 2021 dans la revue Gut confirme l’impact d’une consommation élevée de boissons sucrées sur le risque de cancer colorectal, notamment chez les femmes âgées de moins de 50 ans. 

Les chercheurs ont analysé les données de 95 464 femmes infirmières, provenant de la Nurses' Health Study II menée de 1991 à 2015. Les participantes ont répondu à des questionnaires alimentaires et 41 272 d’entre elles ont donné des informations sur leur consommation de boissons sucrées pendant l’adolescence.

Parmi toutes les participantes, 109 ont reçu un diagnostic de cancer colorectal avant l'âge de 50 ans. Les résultats indiquent qu’une consommation élevée de boissons sucrées à l’adolescence (entre 13 et 18 ans) et à l’âge adulte augmente le risque de la maladie. Par rapport aux femmes qui boivent moins d’une portion de 240 mL de boissons sucrées par semaine à l’âge adulte, les femmes qui consomment 2 portions ou plus par jour ont un risque de cancer colorectal avant l’âge de 50 ans multiplié par 2,2.

Les chercheurs ont pu calculer que pour chaque boisson sucrée d’environ 240 mL consommée par jour, le risque de cancer colorectal augmentait de 16%. Entre 13 et 18 ans, chaque portion quotidienne de boissons sucrées était liée à un risque accru de 32% de développer un cancer colorectal avant l'âge de 50 ans.

En pratique

Les boissons sucrées et les produits ultra-transformés ne devraient occuper qu'une place marginale dans notre alimentation. Ces produits et le sucre qu’ils contiennent favorisent l’obésité, mais pourraient agir directement sur la croissance de certains cancers. Il faut cependant noter que les études épidémiologiques n'ont pas à ce jour trouvé de lien convaincant entre la consommation de sodas sucrés et le risque de cancer du côlon.

Pour limiter le risque de cancer colorectal (et de cancer en général), les chercheurs conseillent une alimentation antioxydante, riche en fruits et légumes (notamment les crucifères), en fibres avec peu de produits sucrés, et d'aliments à index glycémiques élevés. La consommation de produits laitiers est, de son côté, associée à un risque plus faible de cancer colorectal.

Pour tout savoir sur l'alimentation pour prévenir le cancer du côlon ou éviter la récidive, lire : Le régime contre le cancer du côlon

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