Intestin irritable : symptômes et solutions

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Le syndrome de l’intestin irritable est un trouble intestinal fonctionnel qui provoque des maux de ventre, de l'inconfort digestif, des troubles du transit, des ballonnements... Comment le reconnaître et le soulager ? 

Le syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi connu sous le nom de "côlon irritable" ou "colopathie fonctionnelle", cause des problèmes digestifs, même en l’absence de lésions physiques de l'intestin. 

Quels sont les signes d'un intestin irritable ?

Le SII peut toucher les personnes de tous les âges, mais il se déclare souvent à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Il touche davantage les femmes que les hommes, et il y a souvent une composante familiale. En France, d'après l'association des patients souffrant du syndrome de l'intestin irritable, entre 5 à 10 % de la population est affectée, soit trois millions de Français. 

Douleurs, crampes intestinales... quels sont les symptômes du côlon irritable ?

Les symptômes du SII sont variés et il n’existe pas de tests médicaux pour déterminer précisément si un patient en est atteint ou pas. Ainsi, une partie du processus de diagnostic consiste à exclure la présence d’autres maladies connues, ce qui peut demander des examens complémentaires : analyses de sang, d’échantillons de selles, imagerie médicale et/ou tests alimentaires. Après l’exclusion d’autres causes, le médecin pourra poser un diagnostic de SII en se basant sur les critères de Rome IV. Le SII se caractérise par une douleur abdominale récurrente survenant en moyenne au moins 1 jour par semaine dans les 3 derniers mois, avec des symptômes apparus au moins six mois avant le diagnostic (1). Les symptômes se font moins sentir après être allé à la selle, ou ils sont liés à un changement dans les selles, ou dans leur fréquence.

Les causes du SII sont inconnues mais on constate que le système nerveux entérique des personnes atteintes ne fonctionne pas de façon optimale, d'où les symptômes concernant :

  • la motilité de l'intestin : la fonction motrice qui transporte les aliments digérés à travers les intestins n’est pas bien réglée, entraînant un mouvement trop rapide (causant la diarrhée) ou trop lent (provoquant la constipation), et produisant ainsi des spasmes et de la douleur ;
  • la sensibilité de l'intestin : le réseau des nerfs entourant les organes de digestion devient inhabituellement sensible, ce qui fait que même un petit changement dans l’activité intestinale peut envoyer des signaux de douleur au cerveau.

Le SII avec constipation est plus répandu chez les femmes que les hommes, peut-être en raison des différences hormonales. Les femmes souffrant du SII ressentiraient plus de fatigue, de dépression, d'anxiété et auraient une moins bonne qualité de vie que les hommes souffrant du syndrome de l'intestin irritable (2).

Lire : Intestin irritable : et si c'était en réalité un SIBO ?

Les facteurs déclenchants du syndrome de l'intestin irritable ou colopathie fonctionnelle

Certains facteurs augmentent la fréquence des symptômes du SII :

  • une infection gastro-intestinale (gastro-entérite) ;
  • la diarrhée des voyageurs ;
  • une intoxication alimentaire ;
  • des antibiotiques ou autres médicaments ;
  • des facteurs psychologiques : un stress physique, émotionnel ou de l'anxiété.

Intestin irritable : quel traitement ?

Il n'existe pas de médicaments pour soigner l'intestin irritable. Le traitement médicamenteux ne peut aider qu'à soulager des symptômes. Le médecin peut prescrire des antispasmodiques pour lutter contre les ballonnements et les douleurs abdominales, ou des médicaments qui traitent la diarrhée ou la constipation le cas échéant.

Le traitement alimentaire souvent préconisé est le régime pauvre en FODMAPs (voir plus loin). Il est conseillé de prendre de petits repas fréquents.

D'autres mesures sur l'hygiène de vie peuvent aider. Par exemple, comme le stress accroît le SII, il est conseillé d'apprendre à mieux gérer son stress, par de la relaxation, de la sophrologie, de la méditation... Une aide psychologique  et des antidépresseurs sont aussi parfois utilisés. L'activité physique est également encouragée.

Intestin irritable : l’alimentation plus efficace que les médicaments

Une étude récente de l'université de Göteborg a montré que des ajustements alimentaires réduisent les symptômes de l’intestin irritable chez plus de sept patients sur dix. Cette étude a comparé trois traitements : deux diététiques (conseils diététiques + régime pauvre en FODMAPs, ou bien régime low carb) et un basé sur l’utilisation de médicaments (3). Les participants étaient des adultes présentant des symptômes sévères ou modérés du SII. Chaque groupe comprenait une centaine de participants et les périodes de traitement duraient quatre semaines.

Parmi les participants ayant reçu des conseils diététiques traditionnels avec le régime pauvre en FODMAPs, 76 % ont vu leurs symptômes diminuer de manière significative, contre 71 % dans le groupe « low carb » et 58 % dans le groupe « médicaments ». La qualité de vie, les symptômes de dépression et d’anxiété, ont diminué dans tous les groupes.

Dans un communiqué de l'université, la Dre Sanna Nybacka, principale auteure de cette recherche, a commenté ces résultats en soulignant que "cette étude montre que le régime alimentaire joue un rôle central dans le traitement du syndrome de l'intestin irritable, mais qu'il existe plusieurs traitements alternatifs efficaces."

Syndrome de l'intestin irritable (SII) : que manger ?

Le régime pauvre en FODMAPs

Le régime pauvre en FODMAPs, imaginé au début des années 2000, a vu sa popularité croître car il représente une solution pour beaucoup de personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable. Les molécules de FODMAPs sont des glucides dits à chaîne courte, présents dans certains aliments, qui sont peu absorbés par l’intestin et se retrouvent dans le côlon (4). FODMAP est l’acronyme de « Fermentable Oligosaccharides Disaccharides Monosaccharides And Polyols » ou en français « polyols, monosaccharides, disacccharides et oligosaccharides fermentescibles ». 

Pour la Dre Martine Cotinat, gastro-entérologue, nutritionniste et auteure de Soignez le reflux naturellement,"le régime pauvre en FODMAPs est un super régime pour soulager rapidement les symptômes digestifs. Il est d'ailleurs reconnu par les instances officielles en gastro-entérologie pour cela. Mais il ne résout pas le problème de base qui nécessite de trouver un nouvel équilibre. Selon moi, il permet de passer un cap avant d'évoluer vers des modifications nutritionnelles plus pérennes."

Quels sont les aliments à éviter en cas de côlon irritable ?

Les aliments riches en FODMAPs sont ceux qui contiennent du fructose en excès (pomme, mangue, pastèque, miel, sirop de maïs à haute teneur en fructose), du lactose (lait…), riches en fructo-oligosaccharides (artichaut, asperges, betterave, choux, aubergine, ail, poireau, oignon, blé, seigle, pomme, pastèque, kakis, endive…), riches en galacto-oligosacchardides (légumineuses), contenant des polyols (pomme, abricot, avocat, mûres, pêche, poire, prune et pruneau, pastèque, chou-fleur, champignon, maïs doux). Le blé est donc à éviter. C'est pourquoi certains patients peuvent ressentir un soulagement avec un régime sans gluten.

Il est aussi conseillé d’éviter les aliments déclencheurs comme le café, l’alcool et les boissons gazeuses.

Moins de sucre et d'amidon

Le régime sans FODMAP, généralement recommandé aux patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable, est un régime strict qui exclut différents aliments, dont le gluten et le lactose. Mais une étude de l’université de Lund en Suède montre que les symptômes de ces patients peuvent aussi s’améliorer s’ils mangent moins de sucre et d’amidon (5).

Les chercheurs ont décidé d’étudier le rôle des sucres dans cette affection à cause d’une découverte d’un généticien qui a mis en évidence une variation du génome, fréquente chez les patients, qui entrave la décomposition des sucres et des amidons dans l'intestin.

L’étude a porté sur 105 personnes souffrant du syndrome de l'intestin irritable. Pendant quatre semaines, elles ont mangé beaucoup moins de sucre et d’amidon. Outre les friandises sucrées, la consommation de féculents était limitée (une portion de pain complet ou de porridge par jour), le porc, le bœuf, l’agneau, le poisson, la dinde, le poulet, les œufs, les légumes verts pouvaient être consommés sans aucune restriction ; les aliments ultra-transformés devaient également être évités. Les résultats ont montré que ce régime, qui s’apparente au régime paléo, diminuait considérablement les symptômes du syndrome de l'intestin irritable, tout en réduisant le poids et les fringales sucrées chez les patients.

Quels compléments alimentaires contre le côlon irritable ?

Des probiotiques

Différentes données suggèrent que les probiotiques, qui se présentent souvent sous la forme de gélules ou de poudre renfermant des micro-organismes vivants, pourraient être bénéfiques pour traiter le syndrome de l’intestin irritable. Une méta-analyse portant sur 15 essais randomisés contrôlés (1793 patients) a montré des effets bénéfiques significatifs des probiotiques, notamment sur la douleur et la sévérité des symptômes, par rapport à un placebo (6).

Les résultats parfois divergents peuvent s'expliquer par la diversité des souches utilisées. Dans Super microbiote, le Dr Daniel Sincholle, pharmacologue, explique que "Les probiotiques diminuent la douleur abdominale d’environ 30 %. Ces probiotiques sont souvent des souches appartenant aux groupes des lactobacilles et/ou des bifidobactéries. Ils agissent probablement en contrant une dysbiose (déséquilibre du microbiote) installée et en rétablissant l’équilibre naturel entre les bactéries qui nous sont favorables, celles qui coopèrent avec leur hôte et celles qui se développent et croissent à nos dépens."

Il recommande d'utiliser un mélange de lactobacilles et de bifidobactéries, avec :

  • Lactobacillus acidophilus SD5212,
  • Lactobacillus casei SD 5218,
  • Lactobacillus bulgaricus SD 5210,
  • Lactobacillus plantarum SD 5209,
  • Bifidobacterium longum SD 5219,
  • Bifidobacterium infantis SD 220,
  • Bifidobacterium breve SD 5206,
  • Streptococcus thermophilus SD 5207),

Dose : 450 milliards d’UFC par sachet, 1 à 4 sachets par jour, pendant au moins 6 semaines.

De la menthe poivrée

La menthe poivrée (Mentha piperita) est un remède populaire contre le SII, qui a démontré son efficacité dans plusieurs études (1). En Allemagne, la commission E (conseil consultatif qui fournit une expertise scientifique pour l'approbation de produits utilisés en médecine traditionnelle) lui reconnaît des effets thérapeutiques, notamment celui de soulager les spasmes gastro-intestinaux et biliaires, les troubles digestifs mineurs ou les symptômes de l'intestin irritable.

Une méta-analyse a évalué l’efficacité de l’huile de menthe poivrée pour le SII, grâce à 12 essais randomisés contrôlés, regroupant 835 patients (7). Ces études étaient de courte durée (2 à 12 semaines). L'analyse a conclu que l'huile de menthe poivrée est une thérapie sûre et efficace pour calmer la douleur et les symptômes globaux des adultes souffrant de SII.

Dans le Guide pratique des compléments alimentaires, Brigitte Karleskind indique que "l'huile de menthe poivrée est également active sur les crampes et les nausées. Son action antiseptique limite les fermentations intestinales et atténue les ballonnements."

Dose : 500 mg d'huile essentielle de menthe poivrée deux fois par jour en gélules gastro-résistantes à libération retardée.

Des fibres prébiotiques solubles

Les fibres alimentaires sont des glucides qui ne sont ni digérés ni absorbés dans l’intestin grêle. "Les fibres alimentaires sont fréquemment recommandées pour améliorer les symptômes chez les patients atteints de SII avec constipation prédominante", explique le Pr Sabaté, gastro-entérologue (1). On distingue :

  • les fibres solubles ;
  • les fibres insolubles qui augmentent le volume des selles et facilitent le transit. 

Mais " les fibres qui fermentent dans le côlon perdront leur capacité de rétention d’eau et produisent du gaz qui pourrait aggraver les symptômes de ballonnements et de flatulences."

Une revue systématique avec méta-analyse a trouvé que les fibres ont un avantage statistiquement significatif pour les symptômes du SII par rapport au placebo (8). Le bénéfice n'a été observé que dans les essais cliniques sur les fibres solubles et aucun effet n'a été observé avec le son.

Dose : 2,5 g à 10 g de prébiotiques de type inuline par jour (source : Guide pratique des compléments alimentaires).

Pour en savoir plus, lire : La solution FODMAP

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