Les effets d'une alimentation pauvre en gluten sur le microbiote

Par Julien Hernandez Publié le 14/11/2018 Mis à jour le 21/11/2018
Article

Une alimentation pauvre en gluten modifie la flore intestinale et le métabolisme de personnes en bonne santé.

Pourquoi c’est important 

Le gluten est un ensemble de protéines présent dans le blé, le seigle, l’orge et certaines variétés d’avoine (et tous les aliments que ces céréales servent à fabriquer). Manger sans gluten est d'une importance cruciale pour toute personne souffrant de maladie cœliaque. Mais si on n'est ni allergique au gluten ni sensible, cela vaut-il la peine d'en diminuer la consommation ? Ceux qui arguent que le "sans gluten" est une mode dangereuse pensent que non, ceux qui ont vu des symptômes intestinaux s'améliorer suite à la diminution du gluten sont persuadés que si. 

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Une récente étude apporte des arguments au débat en montrant qu’une diète pauvre en gluten, comparée à une alimentation riche en gluten, entraîne plusieurs modifications métaboliques, notamment au niveau du microbiote intestinal : certaines sont favorables, d'autres pourraient avoir des conséquences cliniques inconnues. 

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Ce que dit l’étude 

Pour réaliser cet essai croisé contrôlé et randomisé, les chercheurs ont recruté 54 individus en bonne santé avant de les séparer en deux groupes : 

  • Le groupe 1 a suivi une alimentation pauvre en gluten (2 g de gluten/jour) pendant 8 semaines puis une période de transition de 6 semaines avec une diète contenant des apports usuels en gluten (12 g de gluten/jour) et enfin 8 semaines d'alimentation riche en gluten (18 g de gluten/jour).
  • Le groupe 2 a suivi le même protocole en commençant cette fois par la diète riche en gluten et en finissant par celle pauvre en gluten. 

Les scientifiques ont mesuré, à chaque étape, plusieurs paramètres. L’alimentation pauvre en gluten a réduit les sensations de ballonnements, entraîné une perte de poids (en moyenne 800 g) malgré des apports énergétiques restés stables. Le régime pauvre en gluten s'est aussi traduit par une diminution partielle et subtile de la réponse immunitaire inflammatoire, sans qu'on en connaisse les conséquences sur la santé. 

Voici leurs observations concernant le microbiote et les changements intestinaux : 

  • Un déclin de certaines espèces bactériennes intestinales, et une augmentation d'autres espèces : au total, la population de 5 espèces avait significativement chuté dont les Bifidobacterium, une souche très présente dans les intestins occidentaux. Manger du blé et des céréales à gluten revient ainsi à avoir plus de bifidobactéries dans son microbiote. En revanche, d'autres souches de bactéries se sont développées.
  • Une altération de la fonction intestinale : diminution de la dégradation intestinale des glucides et des transporteurs caractéristiques du glucose, mais pas de différence dans la glycémie.
  • Des modifications physiologiques : baisse de la digestion de tous types de sucres, perte de poids et sécrétion plus importante du peptide YY, une hormone jouant un rôle dans la satiété.
  • Des changements métaboliques : augmentation de l’acide 3-amino-isobutyrique (un acide aminé jouant un rôle dans l’oxydation de certaines graisses) et de la kynurénine (un dérivé d’acide aminé jouant un rôle dans la régulation de la réponse auto-immune et qui aide à brûler les graisses) dans le métabolisme urinaire et fécal.

Les modifications intestinales sont attribuées par les auteurs à la réduction de l’apport en fibres provenant des céréales, et leur remplacement par d'autres types de fibres. 

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En pratique 

Cette étude confirme que les souches de la flore intestinale sont intimement liées au mode d'alimentation. En effet, les fibres des céréales favorisent la prolifération de bifidobactéries; comme cette famille est très représentée dans les intestins des populations occidentales, on a tendance à considérer cette présence normale, et même bénéfique. En revanche, il y a peu ou pas de bifidobactéries dans le microbiote des chasseurs-cueilleurs, non consommateurs de céréales, et qui jouissent pourtant d'une excellente santé. Leur microbiote renferme des espèces bactériennes jugées "opportunistes" selon nos critères (c'est-à-dire peu souhaitables, voire néfastes); dans l'étude danoise on voit d'ailleurs se développer des bactéries peu ou pas connues. Cette étude pourrait nous conduire à reconsidérer les valeurs positives ou négatives attribuées à telle ou telle famille de bactéries intestinales.

En définitive, un régime pauvre en gluten peut donc être suivi (ou essayé) par des personnes en bonne santé : elles peuvent en retirer des bénéfices potentiels notamment sur les ballonnements, à condition de ne pas mettre dans ses assiettes des produits sans gluten industriels, souvent trop transformés, donc à éviter. 

Diminuer ses apports en gluten sans l'exclure totalement est moins contraignant que de ne pas en manger du tout. Et en cuisinant des céréales ou pseudo-céréales sans gluten on ajoute de la variété à ses repas.

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