Pourquoi c’est important
En 2017, le diabète affectait plus de 450 millions de personnes dans le monde, pour un coût en traitements qui dépassait 850 milliards de dollars. L’alimentation, en modulant la tolérance au glucose et le niveau d’insuline est l’un des principaux facteurs impliqués dans l’apparition du diabète.
Il se trouve que des études épidémiologiques ont rapporté que les personnes qui consomment le plus de produits laitiers ont un risque de diabète plus faible que celles qui n’en consomment pas. Par exemple, il y a quelques années déjà, des scientifiques britanniques avaient observé une réduction de 28 % du risque de diabète chez les personnes consommant des produits laitiers fermentés pauvres en graisses. Cependant, d'autres études n’ont pas trouvé d'association. Ces études sont largement citées par l’industrie laitière et les nutritionnistes qui travaillent pour elle comme preuve de l’intérêt de manger 3 à 4 portions de laitages chaque jour.
Cependant ces résultats émanent d’études d’observation, qui rapportent une association pouvant être influencée par bien d’autres facteurs liés au mode de vie. Ils ne permettent pas de conclure à une relation de cause à effet : on ne sait donc pas si en consommant plus de laitages on a moins de risque de diabète.
Des études récentes, dont une récente synthèse issue d'un symposium financé par l'industrie laitière permettent d'en savoir davantage. Cette récente synthèse rassemble une grande partie des travaux effectués, aussi bien les études d'observation que des essais contrôlés randomisés sur le sujet. Elles déclinent les résultats selon les différents types de produits laitiers mais également concernant l'impact sur le prédiabète et fait le point sur les mécanismes potentiels. Sur les neuf auteurs, six travaillent pour l'industrie laitière. Il faut donc prendre ces conclusions avec précaution.
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Les études d’observation
Les études d'observation, telles que rapportées par la synthèse récente, donnent les résultats suivants :
Concernant la consommation de tous les produits laitiers confondus, l'association semble être neutre hormis chez les populations asiatiques qui semblent tirer bénéfice de consommations allant de 200 à 400 g par jour. Cependant, cette corrélation émane plus vraisemblablement de facteurs liés au mode de vie de ces consommateurs (ils appartiennent à des classes socio-économiques plutôt privilégiées) qu'à l'effet des produits laitiers eux-mêmes.
Pour ce qui est des produits laitiers fermentés tels que le yaourt ou le fromage, les chercheurs observent des associations inverses assez hétérogènes. Néanmoins, ces produits pourraient bien contribuer à réduire modestement le risque de diabète de type 2, notamment grâce à leur richesse en probiotiques.
À propos du lait, on remarque des résultats similaires avec les produits laitiers en général : pas d'association sauf pour les populations asiatiques où le risque semble réduit. Donc probablement pas de bénéfice direct du lait.
Le beurre quant à lui, est très peu étudié. Cependant, le peu de données à disposition ne semble pas trouver de lien entre une consommation standard de beurre et le risque de diabète de type 2.
De manière surprenante, les crèmes, et surtout les crèmes glacées, sont elles aussi associées à un risque réduit de diabète de type 2, bien que le nombre de données soient trop faibles pour avoir des conclusions satisfaisantes. Là encore, le lien de cause à effet semble peu vraisemblable.
Enfin, la consommation de produits laitiers entiers ne semble pas liée à un risque réduit de diabète de type 2.
Les essais randomisés
Les méta-analyses d'essais randomisés suggèrent que la consommation de produits laitiers n’a pas d’effet sur la sensibilité à l'insuline. Par ailleurs, les produits laitiers ne semblent ni soutenir, ni prévenir l'installation d'un prédiabète. Les auteurs de la synthèse suggèrent que l'impact positif des produits laitiers serait apporté par leur teneur en protéines de qualité et en probiotiques pour les produits fermentés. En revanche, les auteurs considèrent qu'il est important de consommer ces aliments avec une matrice alimentaire peu altérée pour bénéficier des propriétés éventuelles de leurs acides gras à courte chaîne.
Dans un essai clinique randomisé de 2020, 72 volontaires souffrant de syndrome métabolique ont suivi pendant 12 semaines soit un régime alimentaire avec peu de produits laitiers (pas plus de 3 portions par semaine) ou consommé 3,3 portions de laitages entiers ou écrémés par jour (lait, fromage ou yaourt). Résultats : aucun des produits laitiers n’a diminué la résistance à l’insuline des participants. Au contraire, le protocole « produits laitiers » a conduit à une détérioration de la sensibilité à l’insuline, une mauvaise nouvelle en cas de risque de diabète. De plus, le régime riche en produits laitiers entiers a conduit à une prise de poids.
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En pratique
Pris collectivement, les résultats des études d’observation et des essais d’intervention ne permettent pas d’affirmer qu’en consommant plus de produits laitiers, on diminue le risque de développer un diabète de type 2. Il faut ajouter que le diabète de type 2 touche peu les populations qui consomment peu ou pas de produits laitiers, que les essais cliniques éliminant les produits laitiers (régime paléo) n'ont pas d'effet défavorable sur la glycémie ou l'insuline.
Pour éviter de développer un diabète de type 2, il est conseillé d'adopter une alimentation réputée protectrice comme l'alimentation de type méditerranéen, pauvre en aliments ultra-transformés (surtout les sodas), une activité physique soutenue et régulière et apprendre à gérer votre stress.
Pour votre santé, LaNutrition recommande, dans La Meilleure façon de manger, de consommer 0 à 2 produits laitiers par jour.
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