Angélique Houlbert : « Même en mangeant varié et équilibré, on ne couvre pas toujours ses besoins en micronutriments. »
Par Thierry Souccar Journaliste et auteur scientifique, directeur de laNutrition.frMis à jour le 17/03/2026
Point de vue
Angélique Houlbert est diététicienne, auteure de plusieurs best-sellers qui ont fait bénéficier des dizaines de milliers de personnes de ses conseils nutritionnels. Elle publie Les Essentiels Nutri, des guides concrets et scientifiquement étayés pour prendre en charge des problèmes de santé courants.
Le Monde de la Nutrition : Pourquoi avoir décidé d’écrire les livres de la collection Les Essentiels Nutri ? À qui s’adressent-ils ?
Angélique Houlbert : C’est simple : je constate, depuis des années, une immense confusion autour de la nutrition et des compléments alimentaires. Entre les injonctions contradictoires, les modes, les peurs et la désinformation, le public est perdu. L’idée était de rendre accessibles les dernières données nutritionnelles et nutraceutiques, c’est-à-dire concernant les compléments alimentaires, pour prendre en charge un problème de santé courant : hypertension, diabète, arthrose, stress, ménopause. Je voulais des guides à mon image, c’est-à-dire scientifiquement étayés, qui vont à l’essentiel, faciles à lire, sans blabla et à un prix abordable.
Cette collection s’adresse aux personnes qui veulent comprendre avant d’agir, pour préserver leur capital santé, soulager certains troubles, équilibrer les émotions, mieux contrôler la tension ou la glycémie… Elle s’adresse également aux professionnels de la nutrition et/ou des compléments alimentaires, qui souhaitent un outil de formation synthétique et rigoureux, qu’il s’agisse d’équipe d’officine, de vendeurs en magasins biologiques, de thérapeutes... Ce sont des livres pour décider en connaissance de cause.
Comment sont-ils construits ? Sur quoi t’appuies-tu ?
Chaque guide de la collection suit une structure identique pour faciliter la lecture, la compréhension et l’application des conseils. Ils sont 100 % pratique, avec un plan d’action concret dès les premières pages :
Mieux comprendre la problématique de santé abordée.
Agir avec la nutrition : menus, listes de courses, assiettes idéales, conseils concrets applicables au quotidien en faisant le tri dans les placards.
Bien utiliser les compléments alimentaires adaptés : bon à savoir, mode d’utilisation, précautions d’usage.
Pour les réaliser je me suis uniquement basée sur les essais cliniques, les méta-analyses et les études épidémiologiques publiées dans les revues internationales et l’état des connaissances validées par les autorités sanitaires. Mon objectif n’était pas de suivre une tendance, mais de m’appuyer sur le niveau de preuve scientifique le plus solide possible.
Tu as été pionnière en matière de vulgarisation de la nutrition en France. As-tu le sentiment d’avoir fait passer des messages importants pour la santé publique et lesquels ?
Oui, je pense avoir contribué à faire passer plusieurs messages essentiels. Les ouvrages que j’ai écrits et coécrits aux éditions Souccar ont participé, je pense, à faire évoluer le regard porté sur la nutrition, notamment sur l’importance de la qualité des glucides à travers l’index et la charge glycémiques, et pas uniquement dans le cadre du diabète ou des maladies cardiométaboliques. C’est un levier simple, concret, facile à mettre en place, et pourtant extrêmement puissant : il permet d’agir sur de nombreux troubles du quotidien, qu’il s’agisse des baisses d’attention en fin de matinée, des kilos qui s’installent progressivement, ou encore d’une gestion du stress plus difficile. Cette stabilité glycémique est un fil conducteur que l’on retrouve systématiquement dans chacun de mes guides.
Un autre axe majeur de mon engagement, notamment lors de mes chroniques au Magazine de la santé sur France 5, a été d’encourager les consommateurs à regarder de près les listes d’ingrédients des produits qu’ils consomment quotidiennement. Apprendre à décrypter une étiquette, c’est reprendre du pouvoir sur sa santé. Revenir à une alimentation brute, peu ou pas transformée, constitue ainsi un socle fondamental que je défends dans chacun de mes ouvrages.
Quels messages faire passer aujourd’hui en priorité ?
Traquer et limiter les aliments ultra-transformés, éviter les produits qui concentrent des quantités excessives de sucres, choisir des féculents à index glycémique bas et ajuster les portions en fonction de la dépense énergétique, de l’âge ou du gabarit constituent les fondations d’une alimentation cohérente. Mais cela ne suffit plus. Il est indispensable d’intégrer pleinement les autres dimensions du mode de vie : pratiquer une activité physique plaisante idéalement en plein air, se fixer un objectif quotidien de pas (6000-7000 pas par jour), apprendre à mieux gérer son stress et préserver un sommeil réellement réparateur. C’est cette approche globale qui définit la santé intégrative. L’objectif est de rester en bonne santé plus longtemps et redevenir acteur de sa santé au quotidien. Et cette tendance de fond reflète aussi une aspiration de plus en plus forte à recourir à des solutions complémentaires plus naturelles. Ma collection Les Essentiels Nutri s’inscrit pleinement dans ce mouvement.
Selon toi, si on mange peu de produits industriels, qu’on limite les produits laitiers, qu’on mange beaucoup de fruits et légumes, peu de viande, du poisson et des œufs régulièrement avec essentiellement des huiles d’olive et de colza, quel autre aspect de l’alimentation faudrait-il surveiller avec attention ?
C’est déjà une excellente base. Pour moi, certains points de vigilance méritent d’être connus comme la vitamine B12 lorsque la consommation de produits animaux est très limitée, le fer chez les femmes encore réglées, les apports protéiques chez les seniors, les oméga-3 à longues chaînes (EPA/DHA) si le poisson gras est peu présent et le statut en vitamine D qui est généralement très bas. Autrement dit, la qualité globale de l’alimentation est fondamentale, mais dans notre contexte actuel, certains micronutriments restent difficiles à optimiser uniquement par la seule alimentation.
On entend souvent dire qu’une alimentation variée et équilibrée couvre les besoins en micronutriments et que les compléments alimentaires sont donc inutiles. Est-ce vraiment le cas ?
En théorie, oui. En pratique, c’est plus nuancé du fait de l’appauvrissement des sols, une moindre densité nutritionnelle des aliments modernes, une réduction des apports énergétiques : comme on est plus sédentaires, on consomme moins d’aliments et donc moins de nutriments. Interviennent aussi la mauvaise gestion du stress, la pollution, la surconsommation parfois de médicaments et bien sûr les années qui passent… Tout cela tend à augmenter les besoins. Il existe donc aujourd’hui des déficits très répandus : vitamine D, magnésium, oméga-3, iode, zinc. La vraie question n’est donc pas « faut-il prendre des compléments ou non », mais plutôt : « dans quel contexte, à quelle dose, sous quelle forme et pendant combien de temps ? » C’est précisément cette approche nuancée et individualisée que je m’efforce de transmettre dans mes podcasts NutriRadio à travers La chronique nutraceutique d’Angélique.
On entend aussi dire sur les réseaux sociaux que les compléments alimentaires seraient dangereux. Est-ce le cas ? Y a-t-il des précautions à prendre ?
Non, lorsqu’ils sont achetés dans des circuits fiables et utilisés correctement, c’est-à-dire en respectant les doses recommandées et les précautions d’emploi figurant sur l’étiquette. En revanche, oui, ils peuvent poser un problème s’ils sont consommés à des doses excessives, cumulés sans cohérence, achetés sans garantie de traçabilité ou utilisés pour compenser une alimentation déséquilibrée. Un complément alimentaire n’est ni anodin ni miraculeux : c’est un outil de précision. En cas de doute, ou en présence d’un traitement médicamenteux, il est toujours préférable de demander conseil à un professionnel de santé afin d’éviter les interactions et d’adapter la supplémentation au profil individuel.
Faut-il faire un bilan sanguin avant de prendre des compléments alimentaires comme le préconise une influenceuse très médiatisée ?
Pas systématiquement. Un bilan biologique est pertinent en cas de troubles persistants, de terrain particulier ou pour ajuster une dose chez les personnes à risque mais attendre un bilan pour toute complémentation préventive modérée, par exemple la vitamine D en hiver, n’est pas toujours nécessaire. Il faut aussi rappeler que certains dosages sanguins sont imparfaits et ne reflètent pas fidèlement les réserves réelles de l’organisme. C’est notamment le cas du magnésium, dont la concentration sanguine ne permet pas d’évaluer correctement un déficit intracellulaire.
Selon toi, quelle complémentation paraît indispensable pour tous et à tout âge ?
Celle qui peut être considérée comme quasi-universelle dans nos latitudes c’est la vitamine D3, surtout d’octobre à avril. Ensuite, cela dépend de l’âge, du sexe, du mode de vie et de l’alimentation.
Quel type de régime alimentaire suis-tu ?
Je suis une alimentation de type méditerranéen, brute, pas ou peu transformée avec beaucoup de végétaux (légumes, fruits frais et séchés), des poissons gras, des œufs, des oléagineux, des légumineuses, des huiles vierges riches en oméga-3 et oméga-9 ; peu de viandes et peu de céréales, même complètes, malgré la pratique d’une activité physique soutenue. Je privilégie avant tout la densité nutritionnelle des aliments, la stabilité glycémique et surtout je suis très attentive à mes sensations de faim et de satiété. Je mange lorsque j’ai réellement faim, et non parce que l’horloge m’indique que c’est l’heure.
Prends-tu des compléments alimentaires, et si oui, lesquels ?
Oui, toujours de manière ciblée et adaptée à mes besoins du moment : de la vitamine D3 en hiver, du magnésium très régulièrement, des oméga-3 si ma consommation de poisson gras diminue. En période de stress intense, j’ai recours à une plante adaptogène comme l’ashwagandha ou la rhodiola. Au cours de l’année, je fais également des cures de probiotiques, de plantes ou d’actifs qui soutiennent mon foie (chardon-Marie, extraits de brocoli, N-acétylcystéine) et de nutriments spécifiques qui améliorent le bon fonctionnement de mes mitochondries (PQQ, coenzyme Q10). Je considère ces compléments comme un soutien stratégique, une façon d’optimiser mes capacités physiques et cognitives. Et cette approche m’accompagne efficacement depuis plus de vingt-cinq ans !
Dans notre quête d’une alimentation saine, nous nous concentrons souvent sur ce que nous mangeons : la qualité des aliments, leur valeur nutritionnelle, les portions. Mais avons-nous pensé à quels moments nous mangeons ? La chrononutrition nous invite à reconsidérer nos habitudes en plaçant l’horaire des repas au cœur de notre santé métabolique.
L’alimentation courante ne couvre pas toujours les besoins en micronutriments. Les enquêtes sur la population en France et dans le monde le montrent bien. Mais il est possible de l’optimiser.