Pas de preuves que le Nutri-Score conduit à des choix alimentaires sains

Par Marie-Céline Ray - Journaliste scientifique Publié le 19/10/2022 Mis à jour le 24/11/2022
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Les études réalisées dans la vie réelle, en supermarché, sont peu nombreuses et peinent à démontrer l’efficacité du Nutri-Score pour améliorer les achats des consommateurs. D’après deux scientifiques néerlandais, cet étiquetage ne répond pas aux critères des allégations santé de l'Union européenne.

L’objectif d’un étiquetage nutritionnel apposé sur des emballages est d’inciter les consommateurs à faire des choix sains pour leur santé. Parmi ces étiquetages nutritionnels, le Nutri-Score tend à se développer en France et dans d’autres pays européens. Mais est-il vraiment efficace pour guider les consommateurs dans leurs achats ?

Le Nutri-Score en passe d’être généralisé au niveau européen

L’Europe joue déjà un rôle important dans l’étiquetage des aliments dans la mesure où l’une de ses instances, l’EFSA, fournit des allégations nutritionnelles et de santé pour certains produits alimentaires. Par exemple, ces allégations peuvent indiquer qu’un produit limite le risque de certaines maladies ou bien qu’il est riche en acides gras oméga-3 ou en fibres. Ainsi, l’EFSA a autorisé une allégation de santé pour le cacao indiquant que les flavonols de cacao aident à préserver l’élasticité des vaisseaux sanguins.

Lire : L'Europe reconnaît les vertus du cacao sur la circulation

Le Nutri-Score a été développé par des universitaires français pour noter la qualité nutritionnelle des aliments, qu’il classe en cinq catégories, de A à E, avec une couleur gradée de vert à rouge : les aliments les plus sains sont classés A (vert) et les moins sains E (rouge). L’algorithme de notation se base sur le système britannique de la Food Standard Agency (FSA-NPS).

Lire aussi : Le Nutri-Score, c'est quoi ?

Le Nutri-Score a été adopté en France, en Allemagne, au Luxembourg, en Suisse et en Belgique. Il pourrait se développer plus largement en Europe si l’Union européenne décide de l’adopter pour harmoniser l’étiquetage nutritionnel sur tout son territoire. Pour que l’Europe fasse un tel choix en faveur du Nutri-Score, il est nécessaire qu’elle s’appuie sur des preuves scientifiques robustes démontrant ses avantages et son efficacité. Le Nutri-Score devrait donc être évalué sur le même système que les allégations nutritionnelles de santé décrit ci-dessus, avec la même rigueur scientifique.

Vous pouvez vous opposer à la généralisation du Nutri-Score en Europe en signant la pétition : NON au Nutri-Score obligatoire en Europe

Le Nutri-Score examiné avec la même rigueur que les allégations santé

Deux scientifiques, Stephan Peters (Dr en santé et nutrition) et Hans Verhagen (professeur à l’université technique du Danemark), publient dans la revue Foods un article dans lequel ils examinent les preuves scientifiques qui justifieraient l'utilisation du Nutri-Score comme une allégation santé de l'EFSA. L'allégation santé à laquelle le Nutri-Score pourrait prétendre serait du type : "Le Nutri-Score entraîne une augmentation des achats d'aliments plus sains par les consommateurs." Les auteurs définissent des achats alimentaires plus sains par des améliorations du score FSA-NPS.

Quand l’EFSA examine un dossier pour une allégation de santé, elle doit répondre à trois questions :

  • question 1 : l'aliment ou constituant est défini ou caractérisé ;
  • question 2 : l'effet revendiqué est "bénéfique pour la santé humaine" ;
  • question 3 : une relation de cause à effet est établie.

Dans leur article, les deux scientifiques ont respecté ces trois étapes et recherché les preuves disponibles dans la littérature. Voici leurs conclusions pour chacune des questions.

Question 1 : le Nutri-Score est bien défini et caractérisé

L’algorithme de calcul du Nutri-Score, qui se base sur le système FSA-NPS, est clair et reproductible.

Question 2 : les preuves sont suffisantes pour considérer le système « bénéfique à la santé »

L’effet bénéfique du Nutri-Score sur la santé s’appuie sur l’utilisation du système FSA-NPS, évalué par ailleurs. Les auteurs citent plusieurs arguments trouvés dans la littérature scientifique, qui prouvent que les aliments qui ont un score FSA-NPS plus élevé sont nocifs à la santé :

  • la consommation d'aliments avec des scores FSA-NPS plus élevés est associée à un risque accru de mortalité par cancer et par maladies cardiocirculatoires, gastro-intestinales et respiratoires ;
  • la consommation d'aliments avec un score FSA-NPS plus élevé est associée à une moins bonne santé bucco-dentaire ;
  • la consommation d'aliments avec un score FSA-NPS plus élevé est associée à des symptômes respiratoires asthmatiques plus importants.

Pour les auteurs, « Sur la base des associations trouvées entre un Nutri-Score moins bon et un risque accru de mortalité et de morbidité, on pourrait conclure que le Nutri-Score est potentiellement bénéfique pour la santé humaine. »

Question 3 : les preuves scientifiques d’une relation de cause à effet sont contradictoires et limitées

C’est assurément ici que se trouve le point faible du système. Les auteurs ont cherché des études supposées démontrer que les consommateurs font de meilleurs choix pour leur santé grâce au Nutri-Score. Ils ont trouvé trois études réalisées en conditions réelles (en supermarché, dans une épicerie ou dans un restaurant universitaire) et cinq pour des achats effectués en ligne. Les résultats sont plutôt décevants.

Par exemple, lors de l’étude menée dans un restaurant universitaire avec 484 participants, l'utilisation du Nutri-Score a entraîné une plus grande consommation de protéines et de calories, « et des dépenses plus élevées (sur les articles avec un meilleur Nutri-Score uniquement), tandis que l'achat de produits « malsains » n'a pas diminué. Les clients étaient 10 % plus susceptibles d'acheter un article plus sain que les témoins. Les informations sur le système Nutri-Score ont également augmenté les ventes de la cafétéria. Cependant, aucun calcul n'a été effectué sur les effets du Nutri-Score sur le FSA-NPS. »

Aucune étude d'efficacité n'a trouvé d'effet du Nutri-Score sur le FSA-NPS pour un assortiment complet de supermarché

Autre exemple, dans le supermarché : le Nutri-Score a augmenté les achats d'aliments bien notés sur le plan nutritionnel, mais il « n'a eu aucun impact sur les achats d'aliments de qualité nutritionnelle moyenne, faible ou non étiquetée. Le Nutri-Score n'a amélioré que de 2,5 % la qualité nutritionnelle (mesurée par le FSA-NPS) des aliments labellisés achetés. » Un effet presque négligeable, à tel point que « Les auteurs se sont également demandé si l'effet de 2,5 % du Nutri-Score sur le score FSA-NPS était cliniquement pertinent ». De plus, cette étude ne portait que sur quatre catégories d’aliments et non sur l’ensemble de l’offre commerciale disponible. D’après les auteurs, « Aucune étude d'efficacité n'a trouvé d'effet du Nutri-Score sur le FSA-NPS pour un assortiment complet de supermarché. »

Non à la généralisation du Nutri-Score en Europe

Les auteurs en concluent que « sur la base de l'approche de l'EFSA pour la justification des allégations de santé, il n'y a pas suffisamment de preuves pour soutenir une allégation de santé basée sur le système Nutri-Score, car une relation de cause à effet n'a pas pu être établie. »

Le Nutri-Score a aussi comme inconvénient de ne pas prendre en compte l’ultra-transformation des aliments.

Vous pouvez vous opposer à la généralisation du Nutri-Score en Europe en signant la pétition : NON au Nutri-Score obligatoire en Europe

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