Tout savoir sur la migraine

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Dans ce dossier, vous retrouverez tout ce qu'il y a à savoir sur la migraine : symptômes, alimentation préventive et curative, traitements complémentaires, etc.

Sommaire

1
Qu’est-ce que la migraine ?
2
Les médicaments de la migraine 
3
Migraine et aliments : ceux qui la déclenchent, ceux qui la préviennent
4
Migraine: les effets bénéfiques du régime cétogène
5
9 traitements naturels de la migraine et des maux de tête
6
Un extrait de "En finir avec la migraine"
1 Qu’est-ce que la migraine ?

La migraine touche 7 à 8 millions de personnes juste en France. C’est un mal de tête particulier, considéré comme une maladie et répondant à des critères diagnostics précis. Détails.

Par Marie-Charlotte Rivet Bonjean Publié le 08/10/2018 Mis à jour le 09/10/2018

La migraine est une forme particulière de céphalée (mal de tête) qui se caractérise par la survenue régulière et répétitive de maux de tête intenses, souvent d’un seul côté du crâne, avec une douleur pulsatile, associés (ou non) à d’autres symptômes. Sa durée varie entre quelques heures et quelques jours.

Il existe, en gros, deux types de crises : 

  • Les crises migraineuses avec aura 
  • Les crises migraineuses sans aura

Qu’est-ce qu’une crise migraineuse ? 

Les crises migraineuses sans aura se caractérisent par une douleur qui survient de manière progressive.

Cette douleur est souvent pulsatile et peut être décrite comme « des coups de marteau dans la tête », ou « des battements de cœur dans le cerveau ».

Son intensité être modérée à sévère, et elle augmente avec l’activité physique.

Elle est souvent unilatérale et peut être associée à des nausées et/ou vomissements. Ainsi qu’une sensibilité au bruit et/ou à la lumière. 

L’aura est un trouble neurologique transitoire qui survient avant les crises migraineuses chez certains patients et qui se traduit par des troubles de la vue, des engourdissements ou des pertes de parole. Ce trouble précèdent les symptômes d’une crise sans aura.

Lire aussi : La méditation soulagerait les migraines

Les phases de la migraine

La phase 1, dite prodromale 

Cette phase survient entre 24 et 48 h avant la crise, et se manifeste par divers symptômes, en fonction des patients :

  • Fatigue
  • Altération de l’humeur (irritabilité, dépression, euphorie…)
  • Envies alimentaires incoercibles
  • Etourdissement
  • Diarrhée/constipation
  • Rétention ou augmentation des urines

La phase de l’aura

L’aura, qui n’est pas systématique, se manifeste juste avant la migraine, et ne dure pas plus de 45 minutes. On retrouve plusieurs symptômes : 

  • Des troubles de la vue (éclairs lumineux, vision trouble, perte de vue temporaire…) 
  • Des troubles sensitifs (engourdissement, fourmillement) 
  • Des troubles de la parole (perte de la parole) 

Souvent très impressionnants et anxiogènes pour le migraineux, ces troubles se résolvent spontanément. 

La phase de migraine proprement dite

Cette phase peut durer entre 4 et 72 h. Chez certains, elle est plus supportable que chez d’autres.

La phase dite postdromale 

Qualifiée parfois de « gueule de bois », elle survient lorsque la douleur s’estompe, même si tout ne revient pas à normale. Le cerveau et le corps sont souvent épuisés, d’où une fatigue générale ressentie et une certaine faiblesse qui durent 1 journée environ. 

Lire aussi : Migraine: les effets bénéfiques du régime cétogène

Ne pas confondre migraine et céphalée de tension

La céphalée de tension correspond à un mal de tête accompagné d’une sensation de tension au niveau de la tête. La douleur est souvent modérée et concerne tout le crâne. De plus il n’y a pas les autres symptômes de la migraine comme les nausées ou une plus grande sensibilité à la lumière. La céphalée de tension est donc un mal de tête « classique » sans phase postdromale lorsque la douleur s’estompe.

Pour aller plus loin sur la migraine : 

2 Les médicaments de la migraine 

Il existe de nombreux médicaments pour prévenir les crises et soulager les douleurs causées par la migraine. Non dénués d’effets secondaires, ils doivent aussi être pris avec parcimonie car ils favorisent les migraines « rebond ».

Par Marie-Charlotte Rivet Bonjean Publié le 09/10/2018 Mis à jour le 09/10/2018

De nombreux médicaments ont été créés pour traiter la douleur des migraines, d’autres sont normalement utilisés pour traiter d’autres maladies mais peuvent aussi soulager ou prévenir les migraines. 

On retrouve deux grandes catégories : 

  • Les médicaments préventifs : pris régulièrement voire quotidiennement, ils aident à réduire la gravité et la fréquence des crises.
  • Les médicaments pour soulager la douleur : pris pendant les crises. 

La stratégie de traitement est fonction de la fréquence, la durée, et de l’intensité des migraines. 

Les médicaments pour soulager les douleurs 

Dans un premier temps, lors des premières crises, ou dès les premiers signes de douleur, il y a les médicaments analgésiques :

  • L’aspirine ou l’ibuprofène ou le paracétamol (Advil, Doliprane et autres) peuvent aider à soulager les migraines légères, de plus ces médicaments sont disponibles sans ordonnance. 
  • Des médicaments spécifiques à la migraine existent aussi, ils sont souvent constitués d’un mélange de paracétamol ou d’aspirine et de caféine comme l’Actron. Ce type de médicament est souvent conseillé pour les migraines modérées.

Attention, ces médicaments disponibles sans prescription ont toutefois des effets secondaires à long terme : pris trop souvent ou pendant une longue durée, ils peuvent causer des ulcères, des saignements gastro-intestinaux, et des maux de tête dus à une surconsommation. Par ailleurs le paracétamol n’est pas sans danger pour le foie.

Ensuite on retrouve les médicaments disponibles sur ordonnance qui sont plus puissants, prescrits lorsque les analgésiques de première intention ne suffisent plus ou pas :

  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme le Dicoflénac, le Kétorolac ou le Naproxène, mais souvent les patients estiment qu’à dose équivalent de l’ibuprofène, ils ne sont pas plus efficaces. 
  • Les triptans sont spécifiques aux migraines. Ils ont un effet vasoconstricteur sur les vaisseaux sanguins, ce qui bloque les voies de la douleur dans le cerveau. On retrouve différents types de triptans : le sumatriptan (Imitrex), le rizatriptan (Maxalt), l’almotriptan (Axert), le naratriptan (Amerge), le zolmitriptan (Zomig), le frovatriptan (Frova)et l’élétriptan (Relpax). Ils sont très efficaces contre la douleur et les autres symptômes associés à la migraine et sont disponibles sous plusieurs formes : comprimés, pilules, vaporisateur nasal et injections. 

Cependant les triptans peuvent avoir des effets secondaires non négligeables : des réactions cutanées au point d’injection, des nausées, des étourdissements, de la somnolence et une faiblesse musculaire. Ces médicaments sont par ailleurs contre-indiqués chez les patients hypertendus, à risque d’AVC et de crises cardiaques. 

Lire aussi : Migraine: les effets bénéfiques du régime cétogène

  • Une combinaison de sumatriptan et naproxène sodique (Treximet) s’est avérée plus efficace que chaque médicament pris de manière isolée pour soulager les symptômes des crises.
  • L’ergotamine associée ou non à de la caféine (Ergomar, Cafergot) est aussi prescrite contre la douleur, mais elle s’est avérée moins efficace que les triptans. Elle peut causer des nausées et des vomissements aussi. Cependant chez les patients qui ont des douleurs qui durent plus de 48h, elle semble plus efficace. 
  • Le dihydroergotamine est un dérivé de l’ergotamine qui est plus efficace et avec moins d’effets secondaires. 
  • Les médicaments anti-nauséeux qui sont habituellement associés à d’autres médicaments. Les plus prescrits sont le métoclopramide ou le prochlorpérazine.
  • Les opioïdes sont déconseillés à cause d’un risque de dépendance, mais ils sont parfois prescrits lorsque que l’ergotamine et les triptans ne peuvent être utilisés. Ils sont souvent à base de codéine.

Lire aussi : 1 h de musculation par semaine contre les maux de tête

Les médicaments préventifs 

Pour avoir un traitement préventif, il faut remplir plusieurs critères : 

  • Avoir au moins 4 crises handicapantes par mois, 
  • Les crises durent plus de 12 heures 
  • Les analgésiques n’ont pas ou peu d’effets sur le soulagement de la douleur
  • Les symptômes incluent une aura prolongée ou un engourdissement associé à une faiblesse 

Le traitement préventif peut permettre de réduire le nombre, la fréquence, l’intensité et la durée des crises tout en augmentant l’efficacité des médicaments contre la douleur. Il faut être patient lorsqu’on début un traitement préventif : il faut parfois attendre plusieurs semaines pour que les symptômes s’améliorent. 

Le médecin peut prescrire un traitement quotidien ou pour anticiper certains facteurs favorisants comme les menstruations. 

Le traitement préventif ne va pas totalement arrêter les migraines, des fois il ne fonctionne même pas du tout, et peut causer des effets secondaires plus ou moins graves. 

Lire aussi : Migraines récurrentes ? Vous manquez peut-être de vitamines

Les médicaments préventifs sont : 

  • Les bêtabloquants, utilisés à la base pour traiter l’hypertension artérielle et les maladies coronariennes. Ils peuvent, chez certaines personnes, réduire la fréquence et la gravité des migraines.
  • Les inhibiteurs calciques, comme le Flunarizine. 
  • Les antidépresseurs tricycliques peuvent être efficaces pour réduire la fréquence des migraines en jouant sur le niveau de sérotonine et d’autres messagers chimiques du cerveau. Cependant ces médicaments peuvent causer des effets secondaires comme la somnolence, la sécheresse buccale, la constipation, la prise de poids, entre autres. 
  • Les médicaments anti-convulsion, comme les antiépileptiques semblent réduire la fréquence des migraines. Cependant à fortes doses, ils peuvent causer de nombreux effets secondaires comme des nausées, des tremblements, une prise de poids, une perte de cheveux et des étourdissements. 
  • Les inhibiteurs de l’enzyme antagoniste, les sartans (Candesartan) ou encore les Lisinopril sont normalement utilisé pour des problèmes de tension artérielle, cependant les médecins et chercheurs ont remarqué que ce type de médicaments pouvaient être bénéfique pour prévenir les crises ainsi que leur intensité. 

Le Dr Josh Turknett vient de publier un livre détaillant un régime alimentaire protecteur : "En finir avec la migraine", vous pouvez en lire Un extrait ici. Vous trouverez aussi d'autres explications dans "Le régime cétogène pour votre cerveau".

Silberstein SD. Preventive Migraine Treatment. Continuum (Minneap Minn). 2015  Aug;21(4 Headache):973-89. doi: 10.1212/CON.0000000000000199. Review. PubMed

Modi S, Lowder DM. Medications for migraine prophylaxis. Am Fam Physician. 2006 Jan 1;73(1):72-8. Review. Erratum in: Am Fam Physician. 2006 Nov 15;74(10):1685.

 

3 Migraine et aliments : ceux qui la déclenchent, ceux qui la préviennent

Neurologue spécialiste de la migraine, le Dr Elizabeth Leroux* fait le point dans cette interview sur les liens entre migraine et alimentation.

Par Priscille Tremblais Publié le 25/02/2016 Mis à jour le 09/10/2018

LaNutrition.fr :  Qu’est-ce qu’une migraine, en quelques mots ?

Dr E. Leroux : La migraine est une maladie neurologique qui porte le cerveau à produire des crises en réponse à certains déclencheurs. La fréquence et la sévérité de ces crises varient d'une personne à l'autre. La migraine a des déterminants génétiques, mais les facteurs environnementaux sont aussi importants.

Quelle différence avec un simple mal de tête ?

Le mal de tête, ou céphalée de tension, est très fréquent : généralement le mal de tête est en cerceau, d'intensité légère à modérée. Il est rare que la céphalée de tension justifie une consultation médicale, et elle se traite en général avec des analgésiques simples, le repos, ou l'activité physique. Une crise migraineuse est plus qu’un simple mal de tête car elle s’accompagne d’autres symptômes neurologiques comme des nausées, des vomissements, une intolérance aux sons, à la lumière. On peut rencontrer des difficultés à se concentrer et la douleur est pulsatile et peut être précédée d’auras visuelles. La personne est dans un véritable orage inflammatoire chimique et électrique qui l’empêche de mener à bien ses activités professionnelles ou personnelles. La migraine oblige à se coucher, s’isoler et se protéger de la lumière et des sons, ce qu'on n'observe pas avec la céphalée de tension.

Quels sont les principaux déclencheurs alimentaires ?

Plusieurs catégories d'aliments sont identifiées comme des déclencheurs possibles, mais pas pour tous les patients. En fait, le pourcentage de migraineux sensibles à des déclencheurs alimentaires est assez faible (moins de 10%) sauf pour l'alcool. Le tableau suivant fait la liste des déclencheurs potentiels et les substances chimiques suspectées pour expliquer le lien avec la migraine.

Substance chimique Aliment
Aspartame Sodas lights et autres produits diététiques
Glutamate monosodique Mets chinois, sauce soja
Histamine Produits fermentés, choucroute
Nitrites Charcuteries, saucisses
Sulfites Vins, fruits séchés
Tannins Vins
Tyramine, phényléthylamine Fromages vieillis, chocolat, noix, agrumes, vinaigre, restes de table

De très longues listes existent sur Internet, mais si on les suit à la lettre il devient presque impossible de s'alimenter.
L'alcool est le déclencheur le plus puissant. Le chocolat, au contraire, est souvent blâmé à tort. Il y a des études qui montrent que la plupart des migraineux peuvent consommer du chocolat sans problème, mais les croyances sont très tenaces!

En prévention, est-ce qu’une alimentation à visée anti-inflammatoire peut aider?

Si on présume que le cerveau migraineux est sensible aux états inflammatoires, il devient logique de diminuer les causes d'inflammation dans le corps autant que possible. A-t-on des preuves de cette logique? Quelques-unes. La diète sans histamine a été utile pour 2 patients sur 3 dans une petite étude sur 28 personnes. Quelques recherches existent aussi sur les diètes où l'on supprime certains aliments allergènes, parfois suite à des tests d'immunogénicité alimentaire (dosage des IgG). L'utilité et la fiabilité de ces tests sont cependant remises en question par plusieurs associations d'allergologie. Je n'ai pas retrouvé d'étude publiée sur la diète hypotoxique, bien que certains auteurs clament une grande efficacité pour les migraines. Il faudrait plus d'études scientifiques bien faites pour aller au-delà de l'anecdote.

Un régime pauvre en glucides, et en sucre en particulier, peut-il être utile ?

Encore là, aucune preuve solide. Le jeûne est un déclencheur de migraine, et la prise de sucres raffinés peut produire un pic d'insuline suivi d'une diminution de la glycémie qui pourrait, en théorie et chez certains, déclencher une crise. La consommation de sucres est liée à d'autres problèmes de santé, donc en théorie la diminution de ces sucres est souhaitable. Si on prive le corps de sucre, il est forcé de métaboliser les graisses, et ceci a plusieurs impacts sur le métabolisme cérébral. La diète dite cétogène est hypocalorique, et comporte des gras et des protéines. Elle a été étudiée surtout chez les enfants épileptiques. Le régime Atkins modifié produit aussi un certain degré de cétose. La diète cétogène a été étudiée chez les migraineux avec un certain succès, mais elle n'est pas facile à maintenir.

Pour en savoir plus sur les effets d'une diète cétogène modifiée sur la migraine, lire En finir avec la migraine du Dr Turknett  et Le régime cétogène pour votre cerveau

Y a-t-il des aliments connus pour aider en cas de crise ?

La caféine est un traitement reconnu des crises de migraine, et ceci est bien démontré. Cependant, la prise régulière de caféine peut rendre le cerveau sensible et dépendant, ce qui peut entraîner des crises si la caféine est cessée. Aussi, on recommande de limiter la prise de caféine chez les migraineux, surtout si les crises sont fréquentes. Si la personne souffre d'anxiété et d'insomnie, alors raison de plus de limiter, car la prise régulière de caféine peut produire de la fatigue chronique. Aucun autre aliment n'est démontré efficace pour le traitement de la crise. Pour la prévention, certains produits naturels, comme la vitamine B2, le citrate de magnésium et la coenzyme Q10, ont montré une certaine efficacité dans des études médicales. Ceci dit, leur effet n'est pas toujours impressionnant, il faut prendre de fortes doses, et aussi payer les suppléments qui ne sont pas toujours remboursés. La grande camomille (feverfew) est utilisée depuis des siècles, et si les preuves solides de son efficacité manquent, certaines personnes la trouvent néanmoins efficace.

On peut lire çà et là que jeûner permet de réduire le nombre de migraines, à raison d’un mois sans crise par jour jeûné, qu’est-ce qui pourrait expliquer cet effet du jeûne?

J'aimerais connaître les références scientifiques supportant cette affirmation. Le jeûne est un déclencheur de crises très reconnu. Plusieurs de mes patients se sont améliorés en régularisant leur alimentation et en incluant des collations santé dans leur routine. Les périodes religieuses du Ramadan et du Yom Kippour envoient plusieurs migraineux dans les salles d'urgence en raison de crises déclenchées par le jeûne. Aussi, je ne recommanderais pas le jeûne à un migraineux. Ceci dit, certains migraineux peuvent tolérer le jeûne et s'en porter mieux, encore là il faut prendre en compte la grande variabilité de cette maladie.

Comment faire en sorte que l’évitement des déclencheurs ne mine pas la qualité de vie?

J'ai rencontré plusieurs patients qui mangeaient à peine en raison de ces listes de déclencheurs... et ne s'en portaient pas mieux. Chez certains migraineux chroniques, les crises sont très fréquentes, voire quotidiennes, mais elles ne sont pas forcément reliées aux aliments. Il existe plusieurs catégories de déclencheurs autres que les aliments: manque de sommeil, stress, relâche de stress, stimulation sensorielle accrue, variations hormonales, posture cervicale, variations atmosphériques. On croit aujourd'hui que ces déclencheurs ont en commun de forcer le cerveau à augmenter sa consommation d'énergie ou encore l'exposent à des agents irritants ou oxydants.
Les déclencheurs varient d'une personne à l'autre, et s'accumulent. Plus il y a de déclencheurs présents (une soirée arrosée, des charcuteries, relâche de stress, musique forte...), plus le risque de crise augmente. Chez certaines personnes très sensibles, les crises se déclenchent sans déclencheur évident, c'est ce qu'on nomme un seuil migraineux bas.
Il n'est pas toujours facile de faire la part des choses mais en général je crois que les facteurs alimentaires sont un peu surestimés, alors que le rôle du sommeil et de la gestion de l'énergie, par exemple, sont sous-estimés. Ceci dit, le choix de faire des essais alimentaires appartient à chaque patient, et peut mener à une amélioration.

*Le Dr Elizabeth Leroux dirige la Clinique de la migraine et des céphalées à Montréal et est l’auteure de La méthode anti-migraine (Flammarion, 2016).

Lecture conseillée : En finir avec la migraine du Dr J. Turknett (Lire un extrait ICI >>) et Le régime cétogène pour votre cerveau

4 Migraine: les effets bénéfiques du régime cétogène

Le régime cétogène permet de prévenir les migraines mieux que les médicaments couramment utilisés en prévention. Explications.

Par Priscille Tremblais Publié le 02/08/2016 Mis à jour le 09/10/2018

Les migraines ont un lien étroit avec l'alimentation. C'est ce qui amènent les personnes qui en souffrent à éviter (au choix) les sulfites, les vieux fromages, certains alcools, le sucre, les laitages, le gluten... avec plus ou moins d'effet sur le nombre de crises. Depuis quelques années, une nouvelle approche nutritionnelle se dessine pour les migraineux : l'adoption d'une alimentation de type cétogène. Depuis 1920, le régime cétogène est utilisé avec succès pour soigner les enfants épileptiques qui ne répondent pas au traitement médicamenteux. Le régime cétogène est une alimentation très pauvre en glucides (et riche en graisses) qui incite le corps à métaboliser des cétones. Ces molécules peuvent aussi être synthétisées (par le foie) suite à l’ingestion de triglycérides à chaînes moyennes (ou TCM, trouvés par exemple dans l’huile de coco) et servent de carburant alternatif aux glucides à l’organisme.

Pour les neurologues, il existe en effet des similitudes entre migraines et crises épileptiques :

  • Les deux surviennent de façon épisodique.
  • Les deux reflètent des changements temporaires dans le cerveau, souvent avec une perturbation neurochimique localisée.
  • Les deux sont déclenchées par à peu près les mêmes facteurs : stress, perturbation des cycles veille/sommeil, usage de stimulants ou de sédatifs.
  • Les deux sont souvent supprimées grâce à des médicaments qui calment les cellules cérébrales « hyperactives ».

D’où l’idée de prévenir les migraines avec ce régime. Les essais sont prometteurs. Ainsi, en 2013, une étude italienne a montré qu’un régime cétogène permettait de réduire la fréquence des migraines chez 90% des patients suivis (1). Un succès qui éclipse celui des médicaments prescrits habituellement pour prévenir les migraines. En 2017, une étude italienne a passé en revue toutes les études d'intervention concernant les effets d'un régime cétogène ou très pauvre en glucides (comme Atkins) sur les migraines. Sur les 7 études retenues, 6 montraient que le régime cétogène était efficace pour réduire la fréquence et l'intensité des migraines, et parfois pour les faire disparaître complètement. Dans la plupart des cas, le régime cétogène commençait à être efficace en quelques jours seulement (2).
On manque encore d’études à large échelle pour confirmer ces résultats et surtout établir quelle est la durée (et la fréquence) optimale d'une alimentation cétogène pour les migraineux. Mais en attendant il n’y a rien à perdre à essayer de manger cétogène pour réduire les crises, voire les faire disparaître.

Lire aussi : Migraine et aliments : ceux qui la déclenchent, ceux qui la préviennent

Comment agissent les cétones ?

Il existe plusieurs pistes pour expliquer les effets des corps cétoniques et du régime cétogène sur les migraines :

- Les cétones bloqueraient les concentrations élevées de glutamate dans le cerveau, un phénomène trouvé à la fois chez les migraineux et les épileptiques (3).

- Manger cétogène implique aussi ne plus ingérer d’aliments industriels (ou du moins diminuer radicalement leur consommation). Or ces derniers sont les principaux pourvoyeurs d’ingrédients déclencheurs de migraines.

- Une autre explication aux effets antimigraineux des cétones est liée aux graisses, très présentes dans l’alimentation cétogène. Elles aideraient à produire de la vitamine D et surtout de la sérotonine, un taux élevé de vitamine D ou de sérotonine protégeant des migraines (4).

- La faim est un grand facteur de migraine. Manger cétogène rassasie mieux et plus longtemps, évitant les fringales et donc les migraines.

- La plupart des déclencheurs de la migraine ont été associés récemment au stress oxydant (5). Au point que les prochains médicaments anti-migraine ciblent un peptide libéré par le stress oxydant (6). Les cétones permettent de réduire le niveau de stress oxydant, agissant ainsi peut-être directement sur l’origine du mal (7).

- Il semblerait également que les corps cétoniques aient un effet protecteur des lésions cellulaires. Des expériences ont montré que les corps cétoniques protégeaient les cellules cérébrales des lésions oxydatives et destructrices (8). On pense que ce genre de dégâts dus aux radicaux libres joue un rôle majeur dans plusieurs pathologies dégénératives du cerveau, dont les maladies d’Alzheimer et de Parkinson.

- Autre piste d'explication : les cétones semblent améliorer le fonctionnement des mitochondries, les centrales énergétiques de nos cellules. Or plusieurs études laissent penser que la migraine pourrait être liée à un dysfonctionnement des mitochondries : les migraineux sont plus nombreux dans les groupes de patients souffrant de maladies dues à un dysfonctionnement des mitochondries, la migraine semble avoir une composante héréditaire via le chromosome X, or l’ADN mitochondrial vient de la mère. Par ailleurs, la majorité des nutriments permettant d’aider à prévenir les migraines peuvent être liés directement au métabolisme énergétique ou au fonctionnement des mitochondries : vitamine B2, Coenzyme Q10, acide alpha-lipoïque, magnésium… (9).

- L’axe intestin-cerveau pourrait aussi jouer un rôle même s’il est encore mal connu. Des études ont en effet rapporté que les migraineux souffrent plus que le reste de la population de symptômes ou troubles gastro-intestinaux. Le lien entre ces troubles et les migraines pourrait avoir à faire avec des mécanismes inflammatoires et une altération du microbiote intestinal. Des études sur des enfants épileptiques suivant un régime cétogène indiquent par ailleurs que cette alimentation a un effet positif sur leur microbiote intestinal (10).

Lire aussi : 8 traitements naturels de la migraine et des maux de tête

En conclusion

Brouillard mental, lésions cérébrales, marqueurs de stress oxydant… les migraineux ont clairement du mal à transformer le glucose en énergie. Utiliser des cétones pour fournir de l’énergie au cerveau semble donc très logique. Surtout que comme le souligne l’auteur d’En finir avec la migraine, le Dr Turknett, « les migraines, ne se propagent pas facilement dans le cerveau lorsque les corps cétoniques sont le principal carburant ». Il a été montré par ailleurs qu'ajouter simplement de l'huile de coco à son alimentation permettait de produire des cétones et d'obtenir des effets positifs au niveau cérébral (comme la disparition du brouillard mental).

Le régime cétogène demande une grande rigueur et n’est pas facile à mettre en place seul, nous vous conseillons de vous adresser à un(e) diététicienn(e) qui le connaît bien ou à un médecin nutritionniste avant de vous lancer. Notez que Le nouveau régime Atkins permet aussi, dans sa phase d'attaque de passer en état de cétose.

Pour aller plus loin : Un extrait d’En finir avec la migraine et Le régime cétogène pour votre cerveau

Références

(1) C Di Lorenzo, G Coppola, G Sirianni, F Pierelli : Short term improvement of migraine headaches during ketogenic diet: a prospective observational study in a dietician clinical setting. J Headache Pain. 2013; 14(Suppl 1): P219.

(2) Barbanti p, Fofi L, Aurilia C, Egeo G, Caprio M : Ketogenic diet in migraine: rationale, findings and perspectives. Neurol Sci (2017) 38 (Suppl 1):S111-S115.

(3) Marwan Maalouf, Patrick G. Sullivan, Laurie Davis, Do Young Kim, and Jong M. Rho : Ketones inhibit mitochondrial production of reactive oxygen species production following glutamate excitotoxicity by increasing nadh oxidation. Neuroscience. 2007 Mar 2; 145(1): 256–264.

(4) Patrick RP, Ames BN : Vitamin D and the omega-3 fatty acids control serotonin synthesis and action, part 2: relevance for ADHD, bipolar disorder, schizophrenia, and impulsive behavior. FASEB J. 2015 Jun;29(6):2207-22. doi: 10.1096/fj.14-268342. Epub 2015 Feb 24.

(5) Borkum JM : Migraine Triggers and Oxidative Stress: A Narrative Review and Synthesis. Headache, Volume 56, Issue 1 January 2016 Pages 12–35.

(6) S Benemei, C Fusi, Gabriela Trevisan, Pierangelo Geppetti  : The TRPA1 channel in migraine mechanism and treatment. Br J Pharmacol. 2014 May; 171(10): 2552–2567.

(7) Julie B. Milder, Manisha Patel : Modulation of oxidative stress and mitochondrial function by the ketogenic diet. Epilepsy Res. 2012 Jul; 100(3): 295–303.

(8) Maalouf M, Rho JM, Mattson MP : The neuroprotective properties of calorie restriction, the ketogenic diet, and ketone bodies. Brain Res Rev. 2009 Mar;59(2):293-315. doi: 10.1016/j.brainresrev.2008.09.002. Epub 2008 Sep 25.

(9) Gross, E.C.; Klement, R.J.; Schoenen, J.; D’Agostino, D.P.; Fischer, D. Potential Protective Mechanisms of Ketone Bodies in Migraine Prevention. Nutrients 2019, 11, 811.

(10) Lindefeldt, M.; Eng, A.; Darban, H.; Bjerkner, A.; Zetterström, C.K.; Allander, T.; Andersson, B.; Borenstein, E.; Dahlin, M.; Prast-Nielsen, S. The ketogenic diet influences taxonomic and functional composition of the gut microbiota in children with severe epilepsy. NPJ Biofilms Microbiomes 2019, 5, 5.

5 9 traitements naturels de la migraine et des maux de tête

LaNutrition propose 9 pistes pour soulager sans risque les douleurs de la migraine et des maux de tête. De quoi diminuer le recours aux médicaments.

Par Thierry Souccar Publié le 20/09/2012 Mis à jour le 09/10/2018

Maux de tête et migraines chroniques peuvent miner considérablement la qualité de vie des personnes qui en souffrent. Des médicaments efficaces existent pour les prévenir et les traiter mais ils ne sont pas dénués d'effets secondaires, notamment à long terme. Avant d'y avoir recours, ou en complément, il peut être intéressant d'explorer des pistes naturelles. En...

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6 Un extrait de "En finir avec la migraine"
Comment se débarrasser définitivement des migraines ? Le Dr Turknett, ancien migraineux, a la solution ! Dans son ouvrage, l’auteur vous propose un programme alimentaire qui permet de se débarrasser définitivement de vos migraines. Découvrez dans cet extrait la nature de la migraine pour mieux comprendre ce trouble.
Par test test Publié le 02/05/2016 Mis à jour le 09/10/2018

Le Dr Bernard Aranda est neurologue à Paris. Il nous livre son avis sur les déclencheurs de la migraine et l'approche développée dans cet ouvrage par le Dr Josh Turknett.

" Tous les migraineux devraient lire ce livre. Et tous les neurologues aussi. Car cela permettrait de mettre au diapason l’ensemble de la communauté médicale et ainsi d’en faire bénéficier les malades. Toutes les personnes qui souffrent de maux de tête récurrents – même s’il ne s’agit pas de migraines au sens strict – peuvent, elles aussi, mettre à profit les précieux conseils de ce livre.

Le docteur Turknett explique très bien le mécanisme qui aboutit au déclenchement de la migraine, qui est une réponse physiologique à des événements déclencheurs sur un terrain favorisant. Il existe un seuil migraineux, propre à chaque individu, au-delà duquel une crise douloureuse apparaît si les événements déclencheurs surviennent. Il faut donc agir sur l’état de base pour éloigner le seuil et ainsi diminuer la réactivité aux événements susceptibles de provoquer la crise : stress, manque de sommeil, aliment particulier, stimuli auditif ou olfactif, période menstruelle… D’après l’expérience du docteur Turknett et la mienne, les corrections alimentaires permettent à la fois de s’éloigner du seuil migraineux mais également de limiter l’impact de certains facteurs alimentaires déclenchants.

Comme pour tout individu, c’est l’expérience qui fait évoluer le médecin. C’est ainsi que le docteur Turknett, ancien migraineux, a fait ses découvertes, en mesurant sur ses propres migraines l’effet bénéfique d’un régime sans sucre et sans gluten. Mon expérience a été tout à fait comparable sauf que dans mon cas, contrairement au Dr Turknett, l’éviction des produits laitiers a été primordiale.

Dans ma pratique, je commence toujours par conseiller à mes patients d’interrompre la consommation de produits laitiers contenant du lactose (lait, yaourts, fromage blanc) et très souvent l’amélioration des céphalées est spectaculaire en quelques jours, ou quelques semaines. Cette amélioration a également des répercussions sur le fonctionnement digestif, la fatigue physique et morale… Parfois, il faut aller plus loin dans les modifications alimentaires et élargir le spectre des aliments à éliminer en s’orientant vers une alimentation de type ancestral, pauvre en céréales, en sucre et en produits laitiers. Cette alimentation, que nos ancêtres ont connue pendant plus de deux millions d’années et à laquelle nous sommes génétiquement adaptés, permet de soulager les symptômes de la migraine et replace le corps dans son fonctionnement normal, avec toutes les conséquences bénéfiques que cela peut avoir sur notre santé globale.

En une phrase, un livre extrêmement utile pour les migraineux et toutes les personnes qui souffrent de maux de tête. "

Pour comprendre le fonctionnement des migraines, les facteurs déclenchants et vous en débarrasser définitivement, téléchargez l'extrait " En finir avec la migraine".

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