Consommer un peu d’alcool augmente-t-il la mortalité ?
En l’état actuel des connaissances, non. L’analyse la plus récente et la plus exhaustive des effets de l’alcool sur la mortalité a été conduite en 2006 par des chercheurs italiens de l’université catholique de Campobasso à partir de 34 études prospectives, c’est-à-dire des études épidémiologiques de bonne qualité. L’étude a été financée par le ministre italien de l’éducation et de la recherche.
Prises collectivement, ces 34 études englobaient 1000000 de personnes et portaient sur 100000 décès de toutes causes. « Nous avons observé une relation en J entre la consommation d’alcool et la mortalité totale dit le Dr Licia Iacovello. Les personnes qui consomment un peu d’alcool chaque jour ont un peu moins de risque de mourir que les personnes qui n’en consomment pas du tout, et nettement moins que celles qui en consomment beaucoup. »
Ce type de courbe, montrant qu’une petite quantité d’alcool est protectrice, a été relevé dans de très nombreuses études. C’est sur ce type de relation que de nombreux chercheurs se basent pour dire qu’un peu d’alcool est bon pour la santé.
Les femmes et les hommes bénéficient-ils de la même manière de l’effet protecteur des petites doses ?
Dans cette analyse italienne, les courbes sont similaires pour les deux sexes quand la consommation d’alcool est faible, mais elles divergent au fur et à mesure que la consommation d’alcool augmente. En clair, l’alcool perd son caractère protecteur beaucoup plus vite chez les femmes que chez les hommes.
Quelle est la dose quotidienne d’alcool « optimale » pour réduire la mortalité ?
Les courbes suggèrent qu’en Europe, les hommes qui boivent entre 5 et 10 grammes d’alcool par jour bénéficient de la meilleure protection. Cela correspond à un demi-verre à un verre par jour. Chez les femmes, la protection maximum semble se situer autour de 2,5 grammes par jour, c’est-à-dire un quart de verre d’alcool par jour.
A partir de quelle quantité d’alcool quotidien la protection disparaît-elle ?
Selon cette analyse, à partir de 40 grammes par jour pour les hommes (4 verres) et 20 grammes pour les femmes (2 verres), il n’y a plus de bénéfice sur la mortalité globale. Au-delà de ces quantités, le risque de mortalité augmente rapidement.

De quel pourcentage la mortalité est-elle réduite par la consommation modérée d’alcool ?
Les buveurs modérés peuvent espérer selon ces études une diminution comprise entre 10 et 20% de leur risque de mourir, toutes causes confondues.
Pourquoi hommes et femmes ne sont-ils pas logés à la même enseigne ?
Les femmes sont plus sensibles aux effets toxiques de l’alcool lorsqu’il est consommé en quantité, et cela se manifeste probablement par un risque de cancer plus élevé. Lorsque l’on donne la même quantité d’alcool à des hommes et des femmes, le taux d’alcool dans le sang s’élève plus chez les femmes que chez les hommes. Ceci s’explique par le fait que les femmes transforment l’alcool (éthanol) différemment, et que l’enzyme qui le dégrade dans l’estomac - l'alcool déshydrogénase – est moins actif chez elles. De ce fait, les taux sanguins sont plus élevés, tout comme le risque d’atteinte du foie.
Est-on certain que boire de l’alcool est bénéfique ?
Les études rapportées ici sont des études épidémiologiques. Par définition, elles ne peuvent décrire qu’une association entre le fait de consommer de l’alcool et le risque de mortalité, sans qu’il soit possible d’affirmer qu’il existe une relation de cause à effet. Par exemple, le fait de boire du vin pourrait n’être qu’un élément d’un mode de vie lui-même protecteur (exercice physique, alimentation adéquate). Certains chercheurs ont aussi contesté ces résultats en faisant valoir que parmi les « non-buveurs » pourraient se trouver des ex-buveurs, ayant cessé de boire pour des raisons de santé. Seule une étude d’intervention, au cours de laquelle seraient suivis en parallèle et sur des décennies un groupe (important) de buveurs réguliers et un groupe (tout aussi importants) d’abstinents permettrait de trancher. Pour des raisons évidentes de coût une telle étude ne sera jamais menée.