Comment la viande pourrait favoriser cancers et maladies cardiovasculaires

Par Juliette Pouyat Publié le 15/01/2015 Mis à jour le 15/06/2018
Actualité

Des mécanismes mettant en cause certains sucres de la viande pourraient expliquer le lien entre consommation élevée de viande rouge et risque accru de cancer.

La consommation à long terme de viande rouge a souvent été associée à une augmentation du risque de certains cancers chez l’homme. Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer l’effet de la consommation de viande rouge sur l'incidence du cancer : la formation de composés mutagènes lors des grillades, formation de radicaux libres sous l'effet du fer, dommages au niveau de l’ADN… mais aucun mécanisme n’a été prouvé. « Un autre fait demeure inexpliqué : la spécificité humaine de ce risque. D’autres vertébrés carnivores ne subissent pas une forte incidence de cancer » expliquent les auteurs d'une étude parue dans Proceedings of the National Academy of Sciences (1). Ces chercheurs de l’Université de Californie suggèrent que c’est la présence d’un sucre particulier dans la viande rouge qui pourrait favoriser l’inflammation et la progression du cancer. Une autre étude suggère une forme d'allergie à un autre sucre de la viande.

Lire : peut-on encore manger de la viande rouge?

Les études

Dans l'étude de l'université de Californie, les chercheurs ont émis l’hypothèse que la consommation de viande rouge pourrait conduire à une inflammation. Ce serait lié à la présence dans la viande, d'un sucre spécifique, un acide sialique non-humain, l’acide N-glycolylneuraminique (Neu5Gc), qui est naturellement présents chez certains mammifères. On le trouve dans diverses viandes, comme le bœuf, le porc et l’agneau.

En effet, la consommation de viande et donc d’une molécule étrangère –le Neu5Gc- conduit le système immunitaire du corps humain à constamment générer des anticorps contre cette molécule. Pour tester leur hypothèse, les scientifiques ont utilisé des souris génétiquement modifiées, qui comme les humains, n’avaient pas de Neu5Gc. Ces souris ont reçu une alimentation contenant des molécules de Neu5Gc et ont donc fabriqué des anticorps contre cette molécule, imitant ainsi ce qui se passe chez l’homme.

Les résultats montrent qu’après avoir été nourries avec du Neu5Gc, les souris ont développé une inflammation systémique et présentaient une multiplication par 5 du nombre de tumeurs spontanées du foie. Les chercheurs ont également noté une accumulation de Neu5Gc dans les tumeurs.

« C’est la première fois que nous montrons directement que mimer ce qui se passe chez l’homme –une alimentation avec du Neu5Gc non humain et la production d’anticorps contre le Neu5Gc- augmente le nombre de cancers spontanés chez la souris » dit le Dr Ajit Varki, auteur de l’étude. Cependant, « la preuve définitive chez l’homme sera plus difficile à apporter ».

Ces résultats pourraient également expliquer les liens possibles entre la consommation de viande rouge et d’autres maladies exacerbées par une inflammation chronique comme l’athérosclérose et le diabète de type 2.

Lire : la viande rouge mauvaise pour la santé et la planète

Une autre étude parue dans Atherosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology, supportée par le laboratoire Astra Zeneca trouve un lien significatif entre les anticorps spécifiques d’un autre sucre (l'oligosaccharide alpha galactose 1,3) présent dans la viande rouge. En fait il s'agirait d'un sensibilité allergique à ce dernier.

En effet, les immuno-globulines E (les fameux anticorps caractéristiques de l'allergie) spécifiques de cet allergène en particulier sont corrélées avec la présence de plaques d’athérome avancé chez les personnes de moins de 65 ans. Néanmoins le lien causal reste à démontrer.

Une consommation élevée de viande est également associée à une augmentation du risque de maladie cardiaque. Souvent les graisses saturées et le cholestérol issus de la viande ont été désignés comme coupables. Pourtant, une étude précédente (2) avait montré du doigt un autre composé issu du métabolisme de la L-carnitine présente en grande quantité dans la viande. En effet, les bactéries intestinales transforment la L-carnitine en TMAO (triméthylamine-N-oxyde), qui serait responsable d’athérosclérose chez la souris. Il se pourrait que la flore intestinale contribue au lien établi entre une consommation élevée de viande rouge et le risque de maladies cardiovasculaires.

En pratique

L'Organisation mondiale de la santé conseille de ne pas manger plus de 500 g de viande fraîche par semaine.

LaNutrition recommande aux hommes adultes tous âges, femmes de plus de 50 ans en bonne santé de manger :

  • Pas plus d’une fois par semaine : bœuf, taureau, cheval
  • Pas plus de trois fois par semaine : dinde, poulet, canard, pintade, lapin, porc, veau
  • A l’occasion : agneau, mouton, gibier

 Et aux femmes entre 15 et 50 ans et enfants en croissance

  • Zéro à deux fois par semaine : bœuf, taureau, cheval, gibier qui peuvent apportent des quantités intéressantes de fer.
  • Pas plus de deux fois par semaine : dinde, poulet, canard, pintade, lapin, porc, veau
  • A l’occasion : agneau, mouton

Lire aussi : La meilleure façon de manger de la viande et de la charcuterie

Sources

(1) Samraj AN, Pearce OM, Läubli H, Crittenden AN, Bergfeld AK, Banda K, Gregg CJ, Bingman AE, Secrest P, Diaz SL, Varki NM, Varki A. A red meat-derived glycan promotes inflammation and cancer progression. Proc Natl Acad Sci U S A. 2015 Jan 13;112(2):542-7. doi: 10.1073/pnas.1417508112. Epub 2014 Dec 29.

(2) Koeth RA1, Wang Z, Levison BS, Buffa JA, Org E, Sheehy BT, Britt EB, Fu X, Wu Y, Li L, Smith JD, DiDonato JA, Chen J, Li H, Wu GD, Lewis JD, Warrier M, Brown JM, Krauss RM, Tang WH, Bushman FD, Lusis AJ, Hazen SL. Intestinal microbiota metabolism of L-carnitine, a nutrient in red meat, promotes atherosclerosis. Nat Med. 2013 May;19(5):576-85. doi: 10.1038/nm.3145. Epub 2013 Apr 7.

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