Hervé Berbille : "Que Choisir nous fait avaler n’importe quoi"

Par Lanutrition.fr Publié le 13/03/2012 Mis à jour le 10/03/2017
La revue Que Choisir a récemment pris position en faveur d’un nouveau décret rendant la viande obligatoire dans les cantines françaises.Hervé Berbille, ingénieur agroalimentaire et consultant en nutrition, n'a pas digéré cet article - et d'autres. Il l'a fait savoir dans cette tribune libre.Que Choisir a répondu par un texte publié sur leur forum, que nous avons publié in extenso à la suiteHervé Berbille a à son tour réagi à la réponse de Que Choisir, son texte est lui aussi publié à la suite

"La prise de position de Que Choisir en faveur de la viande surprend de la part d'une association supposée défendre les intérêts des consommateurs et non pas celle du puissant lobby de l'élevage, une activité où l'élevage intensif est très largement majoritaire puisqu'il représente 90% de l'activité, bien loin de l'image idyllique de l'élevage rural et traditionnel que tente de nous vendre ce puissant lobby.

Quant à Que Choisir, ce n’est pas la première fois qu’en matière de nutrition, cette revue se distingue par des propos en faveur des lobbies du lait et de la viande.

Des arguments sans valeur scientifique

Paradoxalement, Que Choisir, pour justifier sa défense de la viande obligatoire, n'hésite pas à faire vibrer la corde sociale : « Beaucoup de familles n'ont pas les moyens de servir de la viande le soir à la maison ». Admettons un instant la sincérité de cet argument cousu de fil blanc, cela ne saurait en faire un argument scientifiquement recevable. Est-ce parce que la viande n'est pas économiquement accessible à certaines catégories de la population que la viande est :

  • un aliment indispensable ?
  • un aliment bon pour la santé ?

Avec la crise économique et l'augmentation régulière du prix du tabac, certaines personnes ont renoncé à fumer : doit-on pour autant le déplorer ?

Si certains trouvent outrancière la comparaison viande/tabac, je ferai observer ici que la consommation de viande est également associée à un risque accru de cancer du poumon comme l'atteste, entre autres, une robuste étude (1) récemment publiée dans l'American Journal of Clinical Nutrition, la plus prestigieuse revue en matière de nutrition. Mais dont visiblement Que Choisir n'a jamais entendu parler...

Sans lait, sans viande, et sans carence ? rien de plus simple

Selon Que Choisir une alimentation sans viande conduit à une carence en fer. Or, contrairement à ce qu'affirme le Centre d'Information des Viandes (CIV) et Que Choisir, décidément très perméable aux argumentaires du CIV, le fer présent dans la viande (fer héminique) n'est pas « mieux assimilé », mais « trop assimilé », l'organisme ne se régulant pas ou peu sur cette forme de fer. Si le fer est nécessaire à la fixation de l'oxygène, ce métal est également pro-oxydant et génère des radicaux libres, mutagènes, expliquant en partie le lien entre consommation de viande et un risque accru de cancer colorectal (2).

Inversement, le fer présent dans les végétaux (phyto-ferritine) ne présente pas l'activité mutagène du fer héminique, tout en présentant une bonne biodisponibilité (3, 4, 5, 6, 7).

En outre, toutes les études disponibles montrent que les populations végétariennes présentent un statut en fer satisfaisant, démontrant donc que la viande n'est en aucun cas la source de fer incontournable que voudrait en faire Que Choisir et l'expert cité par la revue, le Dr Patrick Tounian, qui se gardent bien de rappeler que les végétariens bénéficient d'apports en fer au moins équivalents au reste de la population. Ce point est scientifiquement établi et même souligné dans le rapport consacré par l'American Dietetic Association aux régimes végétariens.

Idem pour le calcium. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fixe les apports en calcium à 500 mg par jour. C’est nettement moins que les valeurs recommandées en France par des experts...liés à l’industrie laitière. Donc couvrir ses besoins en calcium, du moins si l'on s'en tient aux recommandations de l'OMS, ne pose pas de problème particulier, même en si l'on déroge à la sacro-sainte injonction des « trois produits laitiers par jour », édictée par les amis de l'industrie laitière, faut-il le préciser ?

Quant à la couverture des besoins en protéines, une à deux portions journalières de légumineuses (soja, lentilles, pois, haricots, etc.) y pourvoient sans difficulté.

Que Choisir et l'industrie laitière : des amis pour l'avis ?

Toujours dans le registre des arguments dépourvus de portée scientifique, selon Que Choisir, il serait plus judicieux de proposer de la viande de « qualité » plutôt que de prôner sa réduction. Sauf qu'en science, viande de « qualité », une notion subjective, au mieux technique, ne recouvre aucune réalité scientifique. Ainsi, d'un point de vue scientifique, qu'il s'agisse de viande de bœuf bio ou « intensive », l'une et l'autre contiennent du fer héminique en quantité équivalente. Comme pour les produits laitiers, la viande de bœuf contribue au premier chef à l'exposition aux hormones femelles (œstradiol) (8), sans parler des anabolisants utilisés frauduleusement, une pratique assez répandue en France, autre sujet tabou par excellence.

Cet argument illustre par ailleurs le faible degré de sincérité du trémolo social de Que Choisir (les classes défavorisées privées de viande...) car la généralisation de la viande « de qualité », donc plus onéreuse, préconisée par Que Choisir exclurait encore davantage les classes les moins favorisées de sa consommation (in fine, une excellente chose car la viande étant un aliment douteux, son remplacement par des protéines végétales améliorait de façon concomitante le pouvoir d'achat et l'état de santé des classes défavorisées...).

D'un point de vue environnemental enfin, l'élevage bio constitue un oxymore par excellence ; par exemple, le méthane « bio » dégagé par une vache bio étant aussi contributif à l'effet de serre que celui d'une vache « intensive »...

Quoi qu'il en soit, à charge de Que Choisir de nous fournir la ou les études indiquant que la viande de « qualité » serait moins nocive pour la santé.

Les liaisons dangereuses de Que Choisir avec l'industrie laitière et l'élevage

Que choisir écrit : « Quant à la fronde contre les produits laitiers elle est tout aussi infondée sur le plan nutritionnel que leur promotion excessive (QC n°444). Un enfant aura du mal à consommer assez de calcium s'il n'en mange pas du tout »

On fera observer au préalable à Que Choisir que la « fronde » en question n'est pas tant motivée par l'aspect nutritionnel du lait que par la publication d'études scientifiques à comité de lecture qui établissent un lien entre la consommation de produits laitiers au niveau des apports conseillés et les risques accrus de cancers ovarien (9), prostatique (10, 11), de maladies neurodégénératives (Parkinson) (12), de diabète de type 1 (13), de sclérose en plaque (14, 15), ainsi que des perturbations endocriniennes telle que des pubertés précoces (16), la diminution de la synthèse de testostérone chez les individus de sexe masculin (17), augmentation de la taille des ovaires chez les bébés alimentés avec de laits infantiles à base de lait de vache (18), etc.

Reste que pour justifier ses prises de position récurrentes en faveur des produits laitiers, Que Choisir cite un article de...Que Choisir, un argument un peu court, une fois de plus dépourvu de toute valeur scientifique, Que Choisir n'étant en aucun cas, et loin s'en faut, une revue scientifique. La rédactrice de l'article en question occultera les études les plus gênantes pour l'industrie laitière, préférant s'attacher à réfuter des objections particulièrement loufoques.

De même, lorsqu'il s'agit de consulter un expert en nutrition, Que Choisir fait le plus souvent appel à un proche de l'industrie agroalimentaire (comme le Dr Tounian), mais sans jamais indiquer ces liens à ses lecteurs.

Comme l'écrivait récemment – et sans rire s'il vous plait ! – l'UFC-Que Choisir « les conflits d’intérêts non déclarés constituent en soi une atteinte à la plus élémentaire des éthiques » : on ne leur fait pas dire...

Quand Que Choisir colporte des bobards

En avril 2000, dans les colonnes de Que Choisir, Mme Catherine Bennetau-Pelissero, enseignante à l'ENITAB, s’en prend au soja. Cette enseignante affirme ainsi que le soja provoque des pubertés précoces, en se basant sur une étude qui n'a jamais existé... Or, précisément, à l'époque, l'activité protectrice du soja contre la puberté précoce est déjà établie au moins depuis 1988... (19) (les effets protecteurs du soja ont été confirmés depuis) (20). Néanmoins, le journal relaie complaisamment cette fausse info, sans jamais vérifier  ni recouper ses informations, le b.a.-ba du métier de journaliste, ni, bien entendu, demander à Mme Bennetau-Pelissero de citer ses sources.

On notera également la suspecte mansuétude systématique dont bénéficie l'industrie laitière dans les colonnes de la revue Que Choisir. Ainsi, dans un article consacré aux acides gras trans, des acides gras dont certains sont particulièrement nocifs, Que Choisir oubliera de mentionner que chez les enfants par exemple,  les produits laitiers contribuent à eux seuls à près de 80% de l'exposition aux AG trans ! (ce chiffre provient d'une évaluation de l'ANSES, pourtant peu suspecte de lactophobie, beaucoup de ses experts étant liés à l'industrie laitière...).

Plus récemment, un documentaire de France 3 jetait un éclairage cru sur les pratiques douteuses de l'élevage en France. Là encore, la réaction de Que Choisir à la diffusion de ce reportage ne laissera pas de surprendre. Au lieu de réclamer des comptes à cette filière, ou d'approfondir l'enquête de France 3, comme on aurait pu s'y attendre de la part d'une revue supposée défendre les droits des consommateurs, Que Choisir préfère contester le professionnalisme de ses confrères de France 3... Quoi qu'il en soit, on se bornera ici à constater ici que le reportage France 3 n'a pas fait l'objet de poursuite judiciaires de la part de la filière viande, qui préfère sans doute laisser l'oubli accomplir son œuvre, bien aidée en cela par le silence de Que Choisir.

Le fâcheux précédent de l'huile de colza ou comment l'UFC-Que Choisir a raté une bonne oukase de se taire

Dans les années 1970, la revue Que Choisir est à l'initiative d'une violente campagne visant ni plus ni moins à interdire l'huile de colza, responsable (selon Que Choisir...) de provoquer des lésions cardiaques. Comme le relatent Christophe Bonneuil (CNRS) et Frédéric Thomas (CNRS), à travers cette campagne de presse, Que Choisir cherchait davantage à affirmer son pouvoir qu'à protéger la santé des consommateurs (21), une préoccupation qui apparait rétrospectivement comme bien secondaire, et pour cause : cette mise à l'index de l'huile de colza ne reposait déjà à l'époque sur aucune base scientifique, l'huile de colza étant sans doute l'un des aliments le plus puissamment protecteur...contre les maladies cardio-vasculaires !

La propagande de Que Choisir portera ses fruits (d'or...) en conduisant à l'abandon de l'huile de colza au profit de l'huile de tournesol, soit une probable catastrophe sanitaire aux conséquences  jamais évaluées. Jamais l'UFC-Que Choisir n'aura à rendre compte pour son attitude.

Aujourd'hui, alors que les effets délétères de l'alimentation carnée sont parfaitement établis, notamment par le Centre international de Recherche sur le Cancer, c'est donc en parfaite connaissance de cause que l'UFC-Que Choisir cautionne le décret rendant la viande obligatoire. Ajoutons que, plus globalement, ce décret s'inscrit dans un contexte alimentaire occidental notoirement caractérisé par une surconsommation de protéines, en particulier d'origine animale.

Reste désormais à éclaircir les véritables motivations qui prévalent du coté de l'UFC-Que Choisir. Ce que le sociologue Stanley Cohen appelle les « paniques morales », à savoir « la peur d'attitudes minoritaires jugées déviantes par rapport à la règle commune » expliquent sans doute pour partie la ligne éditoriale inconditionnellement pro-viande, pro-lait (et donc anti-soja) de la revue Que Choisir. Et pour le reste ?"

Hervé Berbille

Les opinions exprimées dans la rubrique "Points de vue" ne reflètent pas nécessairement celles de la rédaction de LaNutrition.fr.


Que Choisir a réagi à cet article. Nous reproduisons ce texte plus bas.


Hervé Berbille a réagi à la réponse de Que Choisir et nous publions son texte à la suite

Références :

(1) Tasevska N, Sinha R, Kipnis V, Subar AF, Leitzmann MF, Hollenbeck AR, Caporaso NE, Schatzkin A, Cross AJ. A prospective study of meat, cooking methods, meat mutagens, heme iron, and lung cancer risks. Am J Clin Nutr. 2009 Jun;89(6):1884-94.

(2) Bastide NM, Pierre FH, Corpet DE. Heme iron from meat and risk of colorectal cancer: a meta-analysis and a review of the mechanisms involved. Cancer Prev Res (Phila). 2011 Feb;4(2):177-84.

(3) Sczekan SR. Joshi JG. Metal-binding properties of phytoferritin and synthetic iron cores. Biochimica et Biophysica Acta (BBA) - General Subjects. Volume 990, Issue 1, 27 January 1989, Pages 8-14.

(4) Lönnerdal B. Soybean ferritin: implications for iron status of vegetarians. Am J Clin Nutr. 2009 May;89(5):1680S-1685S.

(5) Phytoferritin and its implications for human health and nutrition. Zhao G. Biochim Biophys Acta. 2010 Aug;1800(8):815-23. Epub 2010 Jan 25. Review.

(6) The importance and bioavailability of phytoferritin-bound iron in cereals and legume foods. Lönnerdal B. Int J Vitam Nutr Res. 2007 May;77(3):152-7. Review.

(7) Craig WJ. Nutrition concerns and health effects of vegetarian diets. Nutr Clin Pract. 2010 Dec;25(6):613-20. Review.

(8) http://www.news.harvard.edu/gazette/2006/12.07/11-dairy.html

(9) Milk and lactose intakes and ovarian cancer risk in the Swedish Mammography Cohort. Larsson SC, Bergkvist L, Wolk A. Am J Clin Nutr. 2004 Nov;80(5):1353-7.

(10) Milk intake in early life and risk of advanced prostate cancer. Torfadottir JE, Steingrimsdottir L, Mucci L, Aspelund T, Kasperzyk JL, Olafsson O, Fall K, Tryggvadottir L, Harris TB, Launer L, Jonsson E, Tulinius H, Stampfer M, Adami HO, Gudnason V, Valdimarsdottir UA. Am J Epidemiol. 2012 Jan 15;175(2):144-53.

(11) Milk stimulates growth of prostate cancer cells in culture. Tate PL, Bibb R, Larcom LL. Nutr Cancer. 2011 Nov;63(8):1361-6.

(12) Consumption of milk and calcium in midlife and the future risk of Parkinson disease. Park M, Ross GW, Petrovitch H, White LR, Masaki KH, Nelson JS, Tanner CM, Curb JD, Blanchette PL, Abbott RD. Neurology. 2005 Mar 22;64(6):1047-51.

(13) Ischaemic heart disease, Type 1 diabetes, and cow milk A1 beta-casein. Laugesen M, Elliott R. N Z Med J. 2003 Jan 24;116(1168):U295.

(14) Correlation between milk and dairy product consumption and multiple sclerosis prevalence: a worldwide study. Malosse D, Perron H, Sasco A, Seigneurin JM. Neuroepidemiology. 1992;11(4-6):304-12.

(15) The distribution of multiple sclerosis in relation to the dairy industry and milk consumption. Butcher J. N Z Med J. 1976 Jun 23;83(566):427-30.

(16) Dietary protein intake throughout childhood is associated with the timing of puberty. Günther AL, Karaolis-Danckert N, Kroke A, Remer T, Buyken AE. J Nutr. 2010 Mar;140(3):565-71. Epub 2009 Dec 30.

(17) Exposure to exogenous estrogen through intake of commercial milk produced from pregnant cows. Maruyama K, Oshima T, Ohyama K. Pediatr Int. 2010 Feb;52(1):33-8.

(18) Ultrasonographic patterns of reproductive organs in infants fed soy formula: comparisons to infants fed breast milk and milk formula. Gilchrist JM, Moore MB, Andres A, Estroff JA, Badger TM. J Pediatr. 2010 Feb;156(2):215-20.

(19) Kato I, Tominaga S, Suzuki T. Factors related to late menopause and early menarche as risk factors for breast cancer. Jpn J Cancer Res. 1988 Feb;79(2):165-72.

(20) Relation of isoflavones and fiber intake in childhood to the timing of puberty. Cheng G, Remer T, Prinz-Langenohl R, Blaszkewicz M, Degen GH, Buyken AE. Am J Clin Nutr. 2010 Sep;92(3):556-64.

(21) Bonneuil, F. Thomas, Gènes, pouvoirs et profits. La recherche publique dans les transformations des régimes de production des savoirs en génétique végétale de Mendel aux OGM, Versailles, Éd. QUAE, 2009.

Interrogée sur son passé trouble, l'UFC-Que Choisir se retranchera sans doute derrière l'argument selon lequel à l'époque on ignorait les effets de l'huile de colza chez l'Homme, ce qui n'est pas exact. L'huile de colza est une huile de table traditionnellement utilisée en Asie, et notamment au Japon (« Natane-abura »). Or, les données épidémiologiques disponibles dès le début des années 1960 établissaient déjà une plus faible prévalence de la mortalité cardiovasculaire au Japon (Kimura N. [EPIDEMIOLOGY OF CARDIOVASCULAR DISEASES]. Chiryo. 1964;46:189-94).

LA REPONSE DE QUE CHOISIR

Que Choisir a réagi à cet article le 16 mars sur son forum. LaNutrition.fr étant par nature très attachée au débat contradictoire sur la base d’une information claire et transparente, nous publions in extenso cette réaction.

Monsieur Hervé Berbille nous met gravement en cause dans cet article, insinuant que les positions de notre association et de son journal Que Choisir seraient dictées par les intérêts de la filière laitière et de l’élevage.

Ces allégations diffamatoires et pour lesquelles nous nous réservons le droit de demander réparation devant les Tribunaux, s’appuieraient selon Monsieur Berbille, sur une analyse sérieuse et documentée mettant en lumière le fait que notre approbation du récent décret obligeant les cantines scolaires à servir de la viande dans 4 repas sur 20, serait dictée par les « lobbies du lait et de la viande ».

Cette contrevérité insultante ne résiste pas à un examen sérieux des faits.

À titre liminaire nous ne savons pas si Monsieur Berbille s’exprime en scientifique ou en sa qualité non annoncée d’ancien dirigeant de l’entreprise Bionovation, qui commercialisait entre autres des produits à base de soja.

Sur le fond, nous approuvons ce décret qui de l’avis de toutes les associations concernées, qu’elles soient de consommateurs ou de parents d’élèves, constitue un progrès vers davantage d’équilibre nutritionnel dans les cantines.

Notre article précise textuellement que l’excès de viande favorise cancers et maladies cardiovasculaires. 

Mais cela ne suffit pas à M. Berbille, qui voudrait que tout le monde devienne végétarien.

Il ignore donc les études ne venant pas à l’appui de sa thèse, et qui montrent dans plusieurs pays une association entre végétarisme et risque d’anémie, et préfère brandir une étude qui associe consommation de viande et cancer du poumon, comparant implicitement viande et tabac. Bigre !

Outre que, comme M. Berbille devrait le savoir, une seule étude ne suffit pas à prouver un lien de causalité, surtout en matière de nutrition ou les biais possibles sont nombreux, les choses sont un peu plus nuancées que cela.

Ainsi, chez les non-fumeurs étudiés dans cette étude, l’augmentation du risque de cancer du poumon chez les consommateurs de viande n’est pas significative.

Seuls les fumeurs voient leur risque augmenter mais, en ce qui les concerne, les auteurs avouent clairement « nous manquons d’informations sur le tabagisme passif, la durée de consommation de tabac, l’âge ou les sujets ont commencé à fumer, qui pourraient être des facteurs confondants. » C’est le moins que l’on puisse dire !

Les auteurs évoquent également l’implication possible du mode de cuisson, la cuisson au barbecue, génératrice de composés cancérogènes, étant répandue aux Etats-Unis, pays où a eu lieu l’étude.

Voilà donc une publication qui esquisse une vague piste, qui pose une question : consommer de la viande en excès peut-il favoriser le cancer du poumon chez les fumeurs ? Et M. Berbille traduit que « la consommation de viande est associée à un risque accru de cancer du poumon » !

Le reste de l’argumentation de M. Berbille est à l’avenant. Le fait qu’il cite de nombreuses publications scientifiques semble apporter de la légitimité à ses propos mais ce n’est qu’un leurre car il se contente de mettre en avant les publications et les arguments qui l’arrangent.

Poursuivant son procès d’intention, M. Berbille affirme « Lorsqu’il s’agit de consulter un expert en nutrition, Que choisir fait le plus souvent appel à un obligé de l’industrie alimentaire mais sans jamais indiquer ces liens à ses lecteurs ».

Outre le fait que M.Berbille ne dévoile pas ses liens d’intérêts, nous aimerions beaucoup qu’il cite des noms d’experts et des liens d’intérêt qu’ils auraient avec l’industrie alimentaire, mais sans se contenter de l’affirmation « le plus souvent » qui n’est pas une notion très scientifique, pour quelqu’un qui se targue d’être des plus rigoureux.

Que M. Berbille cite tous les experts en nutrition que nous avons interrogés ces dernières années et leurs liens avec l’industrie.

Ainsi, nous verrons quel pourcentage des experts cités est concerné par ces conflits d’intérêt.

Ce recensement ne devrait pas poser de problèmes à notre détracteur puisque sa passion pour l’épluchage attentif de nos articles l’amène à remonter aux années 70.

À l’époque en effet, la forte teneur en acide érucique du colza avait fait émerger des doutes sur la toxicité de cette huile… et nous étions déjà partisans du principe de précaution. Mais cela fait une bonne quinzaine d’années que nous conseillons systématiquement la consommation d’huile de colza.

Cependant, M. Berbille l’ignore puisque cela ne vient pas à l’appui de sa thèse.

LA REACTION DE M. HERVE BERBILLE A LA REPONSE DE QUE CHOISIR

M. Hervé Berbille nous a fait parvenir le 30 mars 2012 une réponse au texte de Que Choisir ci-dessus. Nous la publions dans le cadre de ce débat contradictoire.

Pas de lien d’intérêt avec la filière soja contrairement à ce que dit Que Choisir

La revue Que Choisir écrit « À titre liminaire nous ne savons pas si Monsieur Berbille s’exprime en scientifique ou en sa qualité non annoncée d’ancien dirigeant de l’entreprise Bionovation, qui commercialisait entre autres des produits à base de soja. »

Contrairement à ce qu'affirme la revue Que Choisir, cette « qualité » fut bel et bien annoncée dès 2005 sur le site du Nouvel Observateur (20/06/2005).

Le 16 mars 2012, cette information n'est pas rappelée pour la raison qui suit. En juin 2005, je soumets un point de vue pour publication sur le site du Nouvel Observateur, suite à la publication du rapport de l'Afssa et de l'Afssaps éreintant le soja (rapports Afssa-Afssaps « Phyto-œstrogènes », mars 2005). Ce point de vue n’a donné lieu à aucune rémunération, ni de la part du Nouvel Observateur, ni de la part de la Sojaxa (l'interprofession du Soja), ni de qui que ce soit d'autre.

Afin d'informer ses lecteurs d'un éventuel conflit d'intérêt, le Nouvel Observateur me demande si je travaille pour la filière soja. Je réponds que non (un point toujours d'actualité), mais que je participe à un projet, parmi d'autres, de développement d'un aliment contenant, entre autres ingrédients, du soja, un projet qui d’ailleurs, faute de financements, n'a jamais vu le jour...

En d'autres termes, la société Bionovation n'a jamais commercialisé le moindre produit à base de soja, contrairement à ce que l'on pouvait lire en 2005 sur le site du Nouvel Observateur, dont le seul tort fut alors de considérer que le développement de ce projet serait mené à son terme.

Voici pourquoi cette information n'est pas rappelée en mars 2012 car elle n'est plus d'aucune actualité, et ce depuis belle lurette.

J'ajoute que mon activité de consultant en R&D ne me place actuellement dans aucune situation de conflit d’intérêt par rapport aux propos que je tiens sur la viande relativement à la position de Que Choisir.

Le Nouvel Observateur a donc fait preuve à mon égard d'un souci de transparence dont la revue Que Choisir ne peut certainement pas se prévaloir avec les experts qu'elle sollicite.

Du profil connoté des experts sollicités par la revue Que Choisir

Suite à mon article, je comprends parfaitement que la revue Que Choisir soit vexée au point de rapidement verser dans l'attaque ad hominem, en contestant notamment mon indépendance et mes compétences.

À ce sujet, que mon courageux, mais hélas anonyme, contradicteur, (puisque le droit de réponse de Que Choisir n’est pas nommément signé), qui me donne des leçons de méthodologie nous communique son CV en la matière, histoire de se livrer à un comparatif comme on les affectionne du côté de Que Choisir...

Et sans surprise, la revue Que Choisir dégaine l'artillerie lourde, en me menaçant des foudres de la justice : il en faudra davantage pour me réduire au silence, alors que je ne fais qu’exposer des faits preuves à l’appui. La preuve en suivant, dans un but de débat contradictoire et de transparence vis-à-vis de l’ensemble des lecteurs.

J'écris sur le site La Nutrition.fr : « Lorsqu’il s’agit de consulter un expert en nutrition, Que choisir fait le plus souvent appel à un obligé de l’industrie alimentaire mais sans jamais indiquer ses liens à ses lecteurs ».

Je maintiens l'intégralité de mon propos et j'invite les lecteurs de Que Choisir et de LaNutrition.fr à prendre connaissance des faits suivants :

Pour preuves, notamment :

Que Choisir n° 370 (avril 2000)

Lors d'un premier article attaquant vigoureusement le soja, la revue Que Choisir sollicite un seul expert, Mme Catherine Bennetau-Pelissero, personne notoirement liée à la multinationale laitière Danone (source : Déclaration Publique d'Intérêts, Afssa).

Malgré le caractère flagrant du conflit d'intérêt, jamais il n'en sera fait état à aucun moment dans l'article de la revue Que Choisir.

Que Choisir n° 429 (septembre 2005)

Lors d'un article consacré aux acides gras « oméga 3 », la revue Que Choisir fait appel au Dr Jean-Marie Bourre, un médecin ayant des liens avec divers lobbies agroalimentaires (Centre d’information sur les charcuteries, Comité national pour la promotion de l'œuf, etc.) et actuel membre de l'Institut Danone

Dans cet article, la filière alimentation (animale...) Bleu-Blanc-Coeur suscite l'enthousiasme de Que Choisir. M. Jean-Marie Bourre, l'expert sollicité, est lié à un producteur d'oeufs très impliqué dans cette filière.

Dans cet article, Que Choisir donne aussi la parole à Mme Pascale Barberger-Gateau, également membre de l'Institut Danone et de M. Éric Birlouez, un sociologue qui travaille avec Danone.

À nouveau, les lecteurs de la revue Que Choisir seront tenus dans l'ignorance des liens unissant les experts consultés avec ces intérêts industriels.

Curieusement, la revue Que Choisir, dans ce même article, épingle David Servan-Schreiber au prétexte qu'il détenait une participation dans une société qui commercialise des oméga 3. Décidément, Que Choisir a des indignations bien sélectives...

Participation de l'UFC-Que Choisir à une conférence financée par l'IFN (Institut français de Nutrition)

Je « n'insinue » pas que l'UFC-Que Choisir entretient une troublante proximité avec l'industrie laitière, je me borne à observer les faits suivants :

En juin 2006, Robert Bréhon, membre de l’UFC-Que Choisir, participe ès qualité, aux côtés de Silvy Auboiron (Danone), Léon Guéguen (INRA, Jouy-en-Josas), membre du Comité scientifique de Candia, Olivier Picot (Maison du lait), à une conférence destinée à promouvoir les produits laitiers (« Les produits laitiers au cœur d’une polémique ? »).

Cette conférence (Dans le cadre des 8èmes Entretiens de nutrition/ 8-9 juin 2006 à Lille Institut Pasteur de Lille) est par ailleurs organisée par l’IFN, un institut essentiellement financé par l’industrie agroalimentaire et en particulier laitière (Danone, Nestlé, fromageries Bel, Unilever, Kraft, Centre interprofessionnel de documentation et d'information laitières, etc.).

À la question que je pose (janvier 2007, par courrier recommandé...) à l'UFC-Que Choisir « L’UFC est-elle bien dans son rôle en participant à de telles opérations promotionnelles ? », l'UFC Que Choisir choisit...de ne pas répondre. Un mutisme éloquent...

Que Choisir n° 441 (octobre 2006)

Dans un nouvel article éreintant le soja, la revue Que Choisir titre tout en « nuances » (comme dirait Que Choisir...) « Du soja et des dégâts », et sollicite trois expertes pour l'occasion :

  • Mme Mariette Gerber, notoirement liée à la multinationale laitière Unilever (source : Déclaration Publique d'Intérêts, Afssa). À noter également que peu de temps après cet article, Mme Mariette Gerber organisait les 7èmes Journées Francophones de nutrition (novembre 2008), financée notamment par Danone, Nestlé, le Centre d'Information des Viandes, la filière d'alimentation animale Bleu-Blanc-Cœur, etc. ;
  • Mme Catherine Bennetau-Pelissero, notoirement liée à Danone (source : Déclaration Publique d'Intérêts, Afssa) ;
  • Mme Véronique Coxam, notoirement liée à Danone et Nestlé (source : Déclaration Publique d'Intérêts, Afssa).

Trois expertes sollicitées pour nous édifier à propos du soja, toutes trois liées à l'industrie laitière...

Et conformément à ce qui devient une bien troublante habitude de la part de la revue Que Choisir, ces conflits d'intérêt ne seront jamais portés à la connaissance de ses lecteurs.

Quant à la nature exacte des « dégâts » occasionnés par le soja, pourtant annoncés avec fracas par ce titre particulièrement racoleur, on attend toujours les preuves objectives de ces dangers potentiels.

L'encombrante caution de l'Afssa...

Pour justifier sa diatribe anti soja, la revue Que Choisir brandit le rapport de l'Afssa (devenue aujourd'hui l'Anses) décrit en des termes particulièrement élogieux, je cite : « Dix huit mois de travail, deux agences d'état mobilisées (dont l'Afssaps, agence qui s'illustrera avec l'affaire du Mediator®...), un rapport de plus de 400 pages... ». Les lecteurs de Que Choisir seront sans doute bien avancés de connaître le nombre de pages, une information ô combien capitale pour comprendre le soja. En revanche, la revue Que Choisir omettra de porter à la connaissance de ces lecteurs d'autres informations qui relativisent la tonalité très alarmistes des recommandations du rapport Afssa-Afssaps :

  • les experts de l'Afssa ayant alors rédigé ce rapport n'ont jamais publié la moindre étude étudiant les effets du soja chez l'homme ;
  • certains experts sont notoirement liés à l'industrie laitière, à commencer par Mme Mariette Gerber, présidente de ce rapport, liée quant à elle à la multinationale laitière Unilever (source : Déclaration Publique d'Intérêts) ;
  • malgré plus de « 400 pages », les experts de l'Afssa et de l'Afssaps s'avèrent incapables de produire la moindre étude reliant chez l'Homme la consommation de soja à un quelconque risque, morceau choisi : « il n’a pas été observé jusqu’à présent de troubles particuliers chez les enfants et nourrissons nourris avec des préparations à base de soja ».

La revue Que Choisir : « expert », « indépendant », mais pas très curieux, ni très exigeant...

Que Choisir n° 444 (janvier 2007)

La revue Que Choisir rédige un article en forme d'apologie des produits laitiers. Deux experts sont sollicités pour cautionner ce concert de louanges :

  • Le Dr Jean-Michel Lecerf, de l’Institut Pasteur de Lille, un organisme qui conseille plusieurs entreprises de l’agro-alimentaire comme Danone. (Le Dr Jean-Michel Lecerf est par ailleurs surnommé « Docteur Saucisse » par le Canard Enchainé, en raison de ses accointances avec le Centre d’Information des Charcuteries-produits Traiteur) ;
  • Mme Véronique Coxam, notoirement liée à Danone et Nestlé. De plus, Mme Véronique Coxam fait également partie de l'IFN, un institut en grande partie financé par l'industrie laitière.

Aucun de ces conflits d'intérêt n'est porté à la connaissance des lecteurs de Que Choisir.

Nouvelle participation de l'UFC-Que Choisir à une conférence financée par l'industrie laitière (juin 2010)

M. Bruno Catiau, UFC-Que Choisir, participe ès qualité, à une conférence financée par Danone, aux côtés notamment de M. Jean-Jacques Beley : encore Danone... (12e entretien de nutrition de l'institut Pasteur de Lille, juin 2010)

Site Internet Que Choisir (novembre 2011)

Que Choisir (site Internet), pour nous convaincre du bien-fondé de la viande obligatoire dans les cantines, fait appel à deux experts :

  • M. Patrick Tounian, qui outre ses nombreux liens avérés avec l'industrie laitière (Nestlé en particulier), défend les sodas et produits sucrés dont la majorité des chercheurs s’accordent à dire qu’ils sont néfastes pour la santé.
  • Mme Marie-Line Huc, heureuse récipiendaire du « Prix CERIN 2007 de nutrition pour les diététiciens ». Gageons que cette prestigieuse récompense n'est pas de nature à influencer les prises de positions médiatiques de Mme Marie-Line Huc en faveur des produits laitiers...Mme Huc a répondu également à cette question quasi métaphysique : " Réalité d'aujourd'hui : peut-on faire bon et industriel ?" La conférence était « proposée » (sic) par la multinationale (laitière...) Unilever, également fabricant de produits à base de viandes et des sauces qui vont avec... Mme Huc fait en outre partie du CENA, une association qui travaille entre autres pour l’agence Protéines, l’une des principales agences conseil de l’industrie agro-alimentaire.

Copié-collé...

J'écris sur LaNutrition.fr que la revue Que Choisir est très perméable aux arguments du CIV, l'officine de propagande de l'industrie de la viande : je laisse aux lecteurs de Que Choisir le soin de se forger eux-mêmes leur opinion :

Cette remarque est également valable pour l'industrie laitière :

  • Version Cidilait : "selon certaines rumeurs, le lait serait responsable d’au moins 60 à 70% des troubles rencontrés en médecine générale"
  • Version Que Choisir : "les rumeurs persistantes accusant les produits laitiers de tous les maux"

Que Choisir n° 501 (mars 2012)

La revue Que Choisir se fend d'un nouveau panégyrique à la gloire de la viande et dont l'intitulé annonce d'emblée la rouge couleur : « Il faut sauver le bœuf », tout un programme...

Bien entendu, pas un mot sur les effets particulièrement dévastateurs de cette viande, ni sur la santé, ni sur l'environnement, l'élevage bovin étant de loin l'activité humaine la plus contributrice à l'effet de serre.

Ainsi, la revue Que Choisir interroge aimablement M. Dominique Langlois, de l'Interbev, l'interprofession de la viande de bœuf qui s'est récemment illustrée en trainant devant les tribunaux l'association France Nature Environnement (suite à la campagne d'affichage de France Nature Environnement dénonçant les méfaits environnementaux de l'élevage). Mais en vain, pour la Justice, la liberté d’expression prévaudra sur la défense des intérêts économiques de la filière.

Je me bornerai ici à prendre acte du fait que deux associations, la revue Que Choisir d'une part, et France Nature Environnement d'autre part, n'ont pas tout à fait la même appréciation de l'Interbev et de ses pratiques...

En conclusion...

La revue Que Choisir conteste mon propos selon lequel elle ne mentionne pas les conflits d'intérêts relatifs aux experts qu'elle sollicite : « Ainsi, nous verrons, écrit-elle, quel pourcentage des experts cités (par la revue Que Choisir) est concerné par ces conflits d’intérêt. Ce recensement ne devrait pas poser de problèmes à notre détracteur (c'est de moi dont il s'agit...) ».

Sur la base des éléments que j'ai pu réunir pour cette réponse, je maintiens mon propos selon lequel, parmi les experts sollicités par la revue Que Choisir, certains sont notoirement liés à des intérêts de l'agroalimentaire, et que ces liens ne sont pas indiqués par la revue Que Choisir à ses lecteurs. J'ajoute que cela conduit parfois à des conflits d'intérêts flagrants (articles à propos du soja et des produits laitiers en particulier) que la revue Que Choisir ne peut ignorer. Reste désormais à éclaircir les raisons de ce mutisme. Quoi qu'il en soit, une attitude bien étonnante de la part d'une revue qui se proclame tout à la fois « experte » et « indépendante »...

Hervé Berbille

Ingénieur Recherche & Développement

Diplômé de l'Institut des Sciences et Techniques des Aliments de Bordeaux (ISTAB)

Prix Innovasial 1996

Publications :

Sancho F., Grelier S., Ribera D., Berbille H. and Narbonne J.F. (1996) Fat-soluble vitamins as chemical markers of food process. International Journal of Vitamins and Nutrition Research, 66(3) : 274-275.

Henry-Vitrac C., Berbille H., Merillon J.M., Vitrac X. Soy isoflavones as potential inhibitors of Alzheimer b-amyloid fibril aggregation in vitro. Food Res. Intern. 43(8), 2176-2178. (2010)

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