Le sucre, pas mauvais pour la santé des enfants, selon les pédiatres français

Par Lanutrition.fr Publié le 17/02/2012 Mis à jour le 16/11/2017
Point de vue

Quand les pédiatres français viennent au secours du sucre.

En février 2012 est paru dans Nature, la grande revue scientifique Américaine, une tribune écrite par le Dr Robert Lustig et des chercheurs californiens dénonçant les méfaits du sucre sur la santé. Le Dr Lustig a aussi écrit le livre "Sucre, l'amère vérité". Dans leur tribune, ces chercheurs comparaient le sucre à l'alcool et demandaient la taxation des produits sucrés, au même titre que les cigarettes (un article à retrouver ici). 

Il est intéressant de relever la réaction immédiate à l'époque, de la société française de pédiatrie (SFP), par la voix du professeur Patrick Tounian (Hôpital Armand Trousseau, Paris). Pas pour mettre en garde contre le sucre, mais au contraire pour minimiser les risques qu'il représente.

Sucre et addiction

Dans son communiqué daté du 8 février 2012, la SFP assure que le sucre n'est pas une drogue. Pharmacologiquement une drogue doit présenter un certain nombre de caractéristique : entrainer des symptômes physiques de sevrage à l'arrêt et provoquer une tolérance qui nécessite l'utilisation de doses continuellement croissantes. Mais le professeur Tourian reconnaît néanmoins que "si l’ingestion de sucre produit effectivement un plaisir qui partage les mêmes voies cérébrales que celui induit par la consommation de certaines drogues (nicotine, alcool), aucun élément ne permet d’affirmer que les sucres en partagent également la dépendance toxicomaniaque."

En réalité, l'addiction au sucre a bien été démontrée chez le rat, mais pas encore chez l'homme. Après un demi-siècle de recherches, le Pr Bartley Hoebel (Princeton) a avancé des arguments convaincants qui démontrent dans un modèle expérimentale que le sucre peut entraîner les mêmes effets que la cocaïne ou l'héroïne. En 2010, Johnson et Kenny ont utilisé des modèles qui servent à l'étude des drogues dures pour confirmer ces observations pour les aliments très gras et/ou très riches en glucides. Ces aliments entraînent des comportements identiques à ceux que l'on observe avec les drogues. De très nombreux autres travaux viennent conforter ces conclusions, par exemple le fait que lorsqu'on propose à des rats soit une solution sucrée à la saccharine, soit de la cocaïne, ils préfèrent la saccharine.

Sucre et obésité

Vient ensuite la question du poids : le sucre fait-il grossir ? Patrick Tourian balaie allègrement les études citées par les chercheurs. Selon lui, le sucre ne fait pas grossir ; il explique que l'appétit se régule parfaitement tout seul, au niveau du cerveau. En effet nous y produisons différentes hormones qui régulent notre balance énergétique, comme la leptine. Ce faisant, la SFP évacue les études qui mettent en évidence la diminution du niveau de leptine liée à un régime riche en fructose et le développement d'une résistance à la leptine par le fructose, préliminaire indispensable au développement du surpoids puis du diabète. Cette résistance à la leptine intervient justement au niveau du cerveau et modifie notre comportement alimentaire, autrement dit : le fructose nous pousse à manger toujours plus (1).

Mais pour Patrick Tounian, les enfants sont solides, à leur âge "le système de régulation de poids [est] très performant". Le seul vrai problème, selon lui c'est qu'une grande consommation de sucre diminue l'apport en vitamines et minéraux présents dans d'autres aliments.
Et le diabète ? Là encore, le Pr Tounian estime que le sucre n'est pas à bannir ! Le sucre n'aurait rien à voir là-dedans, c'est l'obésité qu'il faut blâmer ! 

Sucre et pédiatres : des liens anciens

Pour la SFP, la conclusion est évidente : cet article écrit par les chercheurs Américains n'est pas à mettre à la poubelle, mais presque. Les vraies "données scientifiques objectives [ne seraient] pas probantes" et la peur des sucres est démesurée chez l'enfant. Et chez les obèses, la consommation massive de sucres ne serait qu'une conséquence et non une cause. Pour Patrick Tourian, la peur des sucres nous vient de la culture judéo-chrétienne où "les plaisirs de la bouche sont toujours entachés d’une certaine culpabilité". Il nous rappelle également que l'être humain vient au monde avec une attirance naturelle pour le goût sucré. De là à recommander la consommation de sucre, il n'y a qu'un pas.

C'est celui qu'avait franchi Pierre Mendès France le 1er janvier 1955 en distribuant à tous les enfants du primaire un verre de lait, on s'en souvient, mais on oublie qu'il était additionné de sucre. Comme le rappelle Thierry Souccar dans Lait, mensonges et Propagande, il s'agissait d'améliorer "la santé de nos enfants". Ces distributions, disait Pierre Mendès-France "aideront à écouler une partie de notre production laitière et sucrière ; et elles prépareront une modification progressive des habitudes des consommateurs dans nos pays où le lait et le sucre ne sont pas consommés autant que le voudraient la santé et la vigueur de la race." 

Au fait, qui défendait vigoureusement à l'époque la distribution de sucre (et de lait) aux enfants ? Les pédiatres français. Un article publié par le journal Pédiatrie en 1953, assure qu’il faut leur servir « à 10 heures et 16 heures un verre de lait complet, chaud en hiver, additionné d’un sucre de 3 à 5 g, soit un total de 200 calories. » La boucle est bouclée.

(1) Dekker MJ, Su Q, Baker C, Rutledge AC, Adeli K. Fructose: a highly lipogenic nutrient implicated in insulin resistance, hepatic steatosis, and the metabolic syndrome. Am J Physiol Endocrinol Metab. 2010 Nov;299(5):E685-94.

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