Les aliments ultra-transformés associés à un risque de mortalité plus élevé

Par Marie-Charlotte Rivet Bonjean Publié le 12/02/2019 Mis à jour le 19/08/2020
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Après plusieurs études d'observation, une méta-analyse de 23 études renforce le lien entre consommation d'aliments ultra-transformés et mortalité.

Pourquoi c’est important ? 

LaNutrition pointe du doigt depuis plusieurs années

Les aliments ultra-transformés (AUT) sont, selon la classification NOVA, une formulation à usage industriel associant des ingrédients obtenus par fractionnement d’aliments entiers. Comme la plupart des aliments mous, les céréales du petit déjeuner, les hot-dogs, certains plats surgelés préemballés, les boissons sucrées, etc, y compris dans les rayons bio et végétariens... Ces produits industriels bourrés d’agents cosmétiques et économiques (ACE), d’additifs, de sucre et de mauvais gras entrent pour une part importante et croissante dans la consommation alimentaire, puisqu’ils représentent 30 à 60% de l’apport énergétique des Européens et des Nord-Américains.

Cette part croissante a été associée dans plusieurs études (mais pas toutes) à une montée de l'obésité, du syndrome métabolique et des maladies non transmissibles. Ainsi, des études indiquent que la consommation d’AUT était associée à un risque plus élevé de trouble du métabolisme des graisses (dyslipidémie), d’obésité, d’hypertension et de cancer

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Les études 

L'étude d’observation Nutri-net Santé a fait du bruit à sa sortie. Elle a été réalisée sur la période 2009- 2017 sur plus de 40 000 Français, majoritairement des femmes de plus de 45 ans. Tous les participants devaient, tous les 6 mois, enregistrer un questionnaire en ligne sur ce qu’ils avaient consommé (mangé et bu) pendant trois périodes de 24 h. 600 personnes sont décédées au terme des 7 ans de l’étude. Les chercheurs ont passé au peigne fin les données et ont remarqué qu’une augmentation de 10 % de la proportion d’aliments ultra-transformés augmentait de 15% la mortalité. 

Cependant, « il faut faire attention à ces données », précise Mathilde Touvier, directrice de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’université Paris 13, qui gère la grande étude NutriNet-Santé. 

Pourquoi ? Parce qu’il est compliqué de réaliser des études sur les effets de l’alimentation et d’interpréter les résultats. Ces études sont limitées car, sur le plan éthique, on ne peut forcer les gens à manger ou ne pas manger certains produits. On ne peut donc compter que sur les études d’observation, mais ce sont les études les moins précises, car les participants ne font que répondre à des questionnaires autoadministrés. Il y a de nombreux facteurs « invisibles » qui ne sont pas pris en compte, même si les résultats tiennent compte des critères socio-démographiques ainsi que de la qualité générale de l’alimentation des participants.

 

Une autre étude similaire au niveau méthodologique a été publiée grâce aux données de la cohorte espagnole SUN. Cette dernière a été réalisée entre 1999 et 2018 avec des personnes âgées de 20 à 91 ans. Au total, c'est 335 personnes sur les presque 20 000 suivies qui sont décédées au cours de l'étude. Néanmoins, l'association que les chercheurs espagnols ont obtenue est bien plus forte : 62 % de risque de mortalité en plus pour les personnes consommant beaucoup d'aliments ultra-transformés (plus de 4 portions par jour) comparé à celles qui en consommaient le moins (1 portion ou moins par jour). L'étude SUN comporte les mêmes limitations que l'étude Nutri-net.

En 2020, des chercheurs italiens ont réalisé la première méta-analyse de l’ensemble des études sur le sujet pour juger du lien réel entre la consommation d’AUT et les risques de maladie chronique. Leur étude a systématiquement passé en revue toutes les études d'observation qui ont étudié l'association entre la consommation d'AUT et l'état de santé. Une recherche exhaustive a été effectuée sur MEDLINE, Embase, Scopus, Web of Science et Google Scholar. Seules les études de cohortes transversales et prospectives ont été incluses.

À la fin du processus de sélection, 23 études (10 études transversales et 13 études de cohortes prospectives) ont été incluses dans l'examen systématique.

En ce qui concerne les 10 études transversales, une consommation plus élevée d’AUT a été associée à une augmentation significative du risque de surcharge pondérale/obésité (+39 %), à un tour de taille élevé (+39 %), à un faible taux de cholestérol HDL (+102 %) et au syndrome métabolique (+79 %), tandis qu'aucune association significative n’était trouvée avec l'hypertension, l'hyperglycémie ou l’excès de triglycérides sanguins.

Les 13 études prospectives ont de leur côté porté sur 183 491 participants suivis pendant une période allant de 3-5 à 19 ans. Dans ces études, par rapport à une consommation faible, une consommation plus élevée d’AUT était associée à un risque accru de mortalité toutes causes confondues dans 5 études (risque significativement augmenté de 25%), un risque accru de maladie cardiovasculaires dans 3 études (risque significativement augmenté de 29%), un risque accru de maladie cérébrovasculaire dans 2 études (risque significativement augmenté de 34%) et un risque accru de dépression dans 2 études (risque significativement augmenté de 20%).

En conclusion, une consommation accrue d’AUT est associée, bien que dans un nombre limité d'études, à un profil de risque cardiométabolique détérioré et à un risque plus élevé de maladies cardio- et cérébrovasculaires, de dépression et de mortalité toutes causes confondues.

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En pratique 

Cette méta-analyse s’appuie sur des études d’observation, de surcroît en nombre limité. Ses conclusions ne permettent donc pas d'affirmer qu’il y a une relation de cause à effet entre la consommation d’AUT et ces risques pour la santé. Cependant, une étude d’intervention publiée en juillet 2019 a montré qu’en suivant un régime à base d’AUT, on prend du poids, alors qu’en consommant des aliments entiers, on a tendance à en perdre. Par ailleurs les AUT renferment aussi plus de composés indésirables comme l’acrylamide ou les AGE, qui se forment pendant les processus de transformation et de chauffage ; ces composés favorisent l’inflammation et le stress oxydant. Il est donc tout à fait plausible que la consommation régulière et importante de ces aliments de mauvaise qualité, plus riches en sucres et graisses, pauvre en fibres, à index glycémique et densité énergétique élevés, puisse entraîner des problèmes de santé, par rapport à la consommation régulière d'aliments peu transformés.

Par principe de précaution, et avec les preuves de plus en plus nombreuses que les AUT ne sont pas bons pour notre santé et qu'ils nous poussent à manger plus, et nous font grossir,  il semble préférable d’éviter ce type d’aliments. Privilégiez les aliments bruts, ou peu transformés, à raison au moins de 85% de notre assiette, comme le préconise le chercheur Anthony Fardet, auteur de Halte aux aliments ultra-transformés ! Mangeons vrai.

Voici des conseils pour vous y aider, si besoin :

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